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Pouvoirs / Éditorial / 07/04/2026

Retrouver le sens du temps long

Rupture de carburant dans une station-service de Rouffach, dans l'Est de la France, le 1er avril 2026 (photo Sébastien Bozon/AFP).

Il faut plaindre nos amis américains. Bien sûr, ils ont librement choisi leur Président, aussi fantasque soit-il. Et, de surcroît, en connaissance de cause, puisqu’il a déjà occupé la Maison Blanche pendant quatre ans. Mais ils découvrent aujourd’hui qu’ils sont dirigés par un personnage vulgaire et inculte, qui change d’avis chaque jour, qui fait le contraire de ce qu’il dit et dont le bilan, quinze mois après son intronisation, est dramatique en matière de politique intérieure et terrifiant sur le plan international.

Au lieu de stopper la guerre contre l’Ukraine, il n’a cessé de donner des gages à son agresseur, la Russie de Poutine. Plutôt que d’utiliser l’OTAN comme un outil de puissance, il l’a vidée de sa substance en renonçant à appliquer sa charte interne. Surtout il a suivi aveuglément Israël dans une aventure iranienne dont personne ne connaît ou ne comprend quels en sont les buts.

Le résultat de tout cela, c’est un choc pétrolier, qui ne durera peut-être pas aussi longtemps que ceux des années 1970, mais qui laissera des séquelles au sein de toute l’économie mondiale. Un choc d’offre - comparable à ce que l’on a connu sur certaines matières premières après le Covid - qui voit la planète entière privée de tout le pétrole et le gaz qui franchissaient jusqu’ici le détroit d’Ormuz.

Face à cette situation qui commence à impacter les entrepreneurs, mais aussi les particuliers et les automobilistes, on assiste à une "foire à la saucisse" de revendications fantasques. Les uns demandent un "bouclier énergétique" comparable à celui mis en place en 2022. Les autres demandent la baisse des taxes sur les carburants. Les troisièmes parlent d’une mystérieuse cagnotte, qui viendrait au secours de nos finances publiques.

Et si l’on mettait à profit cette secousse sur les prix de l’énergie pour se poser les bonnes questions ? Et si l’on raisonnait sur le temps long plutôt que de godiller comme on l’a fait sur le nucléaire en fermant Fessenheim avant de relancer les EPR ? Et si l’on questionnait enfin notre trop grande dépendance à ces énergies fossiles et carbonées qui détraquent le climat ?

Encore faudrait-il pour cela disposer d’une classe politique à la hauteur de ce moment crucial. Encore faudrait-il d’un leadership en Europe qui - à l’instar de ce qu’ont fait les pères fondateurs du "marché commun" avec la CECA - cherche à construire une souveraineté énergétique. Encore faudrait-il des patrons qui cherchent des solutions à long terme plutôt que des subventions à la petite semaine. Encore faudrait-il avoir des dirigeants qui pensent à la prochaine génération, plutôt qu’à la prochaine élection.

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