La petite soupe dans une petite marmite >
Si la France a enfin un gouvernement – baroque, pléthorique et dénué de fortes personnalites –, la classe politique ne sort pas grandie de ces quinze derniers jours de consultations et de négociations. Comme le disait le général de Gaulle à Alain Peyrefitte, en dénonçant le régime des partis : « Chacun va donc maintenant faire chauffer sa petite soupe, sur son petit feu, dans sa petite marmite et dans son petit coin, en s'imaginant vivre des jours tranquilles. Eh bien soit ! Mais que cela se fasse donc en dehors de moi ! » On a donc vu Gérald Darmanin piquer une grosse colère car il n'a pas obtenu le Quai d'Orsay. On a entendu Laurent Wauquiez dire : « Ce sera la place Beauvau ou rien. » On s'est étonné de voir le petit MoDem de François Bayrou menacer de tout faire sauter pour ne pas avoir à s'asseoir à la même table que Bruno Retailleau. On a aussi lu que Michel Barnier avait menacé de démissionner alors qu'il n'en a jamais eu l'idée ni le cran. Tout cela n'est pas très sérieux. Tout cela, surtout, n'est pas à la hauteur des enjeux auxquels est confronté le pays. Avec une dette abyssale qui se creuse chaque jour, un déficit budgétaire qui dérape de mois en mois, des patrons qui n'embauchent plus, des normes qui continuent de s'empiler et une Europe industrielle qui se détricote doucement, il y aurait pourtant besoin d'un gouvernement prêt à se retrousser les manches. Mais les petites ambitions l'emportent, hélas, sur le redressement du pays et sur la volonté de faire face. Toute cette mauvaise cuisine a un arrière-goût amer d'étrange défaite.