Le plat de lentilles dont hérite Stéphane Séjourné à Bruxelles >
Tous ceux qui croient en l'amitié, la fidélité et la loyauté ont été stupéfaits de la facilité avec laquelle Emmanuel Macron a sacrifié Thierry Breton, à la demande d'Ursula von der Leyen, pour préserver le bénéfice d'une vice-présidence de la Commission européenne qui revient donc à Stéphane Séjourné. Une vice-présidence stratégique nous explique-t-on puisqu'elle est consacrée à « la prospérité et la stratégie industrielle » et destinée à superviser plusieurs portefeuilles et commissaires dans des domaines aussi précieux que l'industrie, le marché intérieur ou l'innovation. Et s'il ne s'agissait que d'un modeste plat de lentilles qui témoigne de la perte d'influence de la France à Bruxelles ? L'actuel locataire du Quai d'Orsay supervisera en effet Maria Luís Albuquerque, commissaire portugaise en charge, notamment, de faire avancer l'Union des marchés de capitaux. En revanche, il devra partager avec la vice-présidente finlandaise, Henna Virkkunen, la supervision de la commissaire bulgare Ekaterina Zaharleva en charge de la Recherche et de l'Innovation. De la même manière, Stéphane Séjourné devra copiloter avec Ursula von der Leyen elle-même le Croate Maroš Šefcovic, en charge de la Sécurité économique, ainsi que le Letton Valdis Dombrovskis, en charge de l'Économie et de la Productivité. Quant à la Défense, qui était jusqu'ici dans le giron de Thierry Breton et qui a été attribuée au Lituanien Andrius Kubilius, elle sera sous le regard d'Henna Virkkunen. Idem pour la Croissance « propre » qui a été confiée au Néerlandais Wopke Hoekstra et qui sera pilotée par la vice-présidente espagnole Teresa Ribera Rodríguez, ouvertement antinucléaire. C'est aussi elle qui supervisera le très antinucléaire Danois Dan Jorgensen à l'Énergie et au Logement. Quant au budget, officiellement géré par le Polonais Piotr Serafin, c'est encore une fois Ursula von der Leyen qui sera chargée de le superviser. Ce qui laisse planer des doutes sur la capacité française à faire prévaloir ses vues.