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Pouvoirs / Éditorial / 03/02/2025

L'autre leçon de DeepSeek

L a Roche tarpéienne n'est jamais très loin du Capitole. Les magnats de la haute technologie américaine, réunis il y a deux semaines autour de Donald Trump, sont tombés de haut en découvrant que Liang Wenfeng, trader de 40 ans, avait conçu, avec moins de 6 millions de dollars, un nouveau modèle d'intelligence artificielle, ouvert à tous, sobre en énergie et gratuit. Un modèle capable de rivaliser avec Open AI, Anthropic, Character AI ou Mistral AI. Autant de start-up qui ont levé des dizaines de milliards de dollars sur la fausse promesse d'un monde plus intelligent. La première leçon de DeepSeek, c'est que l'argent – le capital pour les économistes – ne fait pas tout. Le talent, l'innovation et la créativité – le travail pour les mêmes économistes – demeurent la clé de l'avenir et le res-teront encore longtemps. La seconde leçon tient au fait que ce challenger a pu voir le jour en dépit d'un embargo sur les « puces » américaines. Au moment où Donald Trump veut mettre en place des barrières douanières drastiques, la Chine et surtout l'agilité de Liang Wenfeng ont montré qu'aucun décret ne pouvait faire obstacle à l'intelligence humaine. L'Iran en avait fait, hélas, la démonstration en se dotant d'équipements nucléaires sans le moindre matériel occidental. Plus un pays est ostracisé, plus il est capable de trouver les ressources pour contourner les revers qui lui sont imposés. Napoléon l'avait montré, il y a deux siècles, face au blocus continental. Il est triste que, dans cette nouvelle compétition où tout est possible, DeepSeek n'ait pas vu le jour sur le sol européen.

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