Le grand gâchis d'EDF >
« Quand on veut noyer son chien, on l'accuse d'avoir la rage ». C'est ce qui est arrivé à Luc Rémont, débarqué de la présidence d'EDF vendredi après-midi par Éric Lombard, mais sur ordre de l'Élysée et notamment d'Alexis Kohler. Quel reproche est-il fait à cet ancien responsable des opérations internationales de Schneider Electric qu'Emmanuel Macron avait supplié de venir sauver l'électricien français ? Simplement d'avoir voulu défendre les intérêts de l'entreprise qu'il dirige. Son actionnaire unique, l'État lui demandait de financer davantage le nouveau nucléaire français, à commencer par l'EPR de Penly. Il a dit banco à condition d'obtenir une hausse des tarifs de l'électricité, sans quoi il perdait la confiance de tous ses prêteurs internationaux. Luc Rémont a donc été poignardé sur l'autel des injonctions contradictoires de l'État après avoir redressé les comptes de l'énergéticien, remis en marche un parc nucléaire à moitié à l'arrêt il y a trois ans et pacifié le climat social.
Mais s'il n'y avait que l'État à l'avoir poignardé on pourrait dire : rien de nouveau sous le soleil ! Luc Rémont a aussi vu se constituer contre lui une fronde de patrons réunis par le corporatisme d'une autre époque. Comme Benoit Bazin, le patron de Saint-Gobain, connu jusqu'ici pour sa discrétion et pour sa sagesse, mais qui est allé expliquer sur un plateau de télévision que son camarade de Polytechnique ne respectait pas ses missions de service public. On n'est jamais trahi que par les siens !