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Story de la semaine / Cryptomonnaie / 16/02/2026

Pourquoi le bitcoin est encore loin d’être une valeur refuge

Le bitcoin n’a toujours pas su s’imposer réel concurrent de l’or. C’était pourtant le destin que lui promettaient ses partisans, portés par une technologie révolutionnaire et une rareté programmée.

Bitcoin et or, illustration (photo Kanchanara/Unsplash).

En ce début 2026, la plus célèbre des cryptomonnaies montre de nouvelles faiblesses. Après une phase de hausse spectaculaire, en quelques mois le bitcoin a effacé la totalité des gains de 2025, année où il était grimpé à 126 500 dollars et est même passé sous la barre des 60 000 dollars le 6 février, avant de légèrement remonter. Pourquoi une telle chute ? Parce que l’actif est rattrapé par… des fondamentaux inexistants. Sa valeur repose uniquement sur la conviction de ses détenteurs qu’il deviendra un jour une réserve stable et rare. Or, il en est encore loin. L’or bénéficie d’une légitimité millénaire comme valeur refuge. Le bitcoin, lui, demeure la cible de spéculateurs qui dictent son cours au gré des modes et des récits. Cette dynamique crée une volatilité incompatible avec le statut de valeur refuge auquel il prétend.

L’euphorie Trump

L’élection de Donald Trump en novembre 2024 avait déclenché une euphorie sans précédent dans l’univers des cryptomonnaies. Le candidat avait en effet promis de faire des États-Unis "la capitale mondiale des cryptomonnaies" et de mettre fin à la répression réglementaire. L’industrie crypto avait massivement investi dans sa campagne, et une fois au pouvoir, Trump tint parole : création d’une réserve stratégique de bitcoin, grâces présidentielles pour des figures condamnées du secteur, autorisation d’inclure les cryptos dans les plans d’épargne-retraite. Les États-Unis sont ainsi devenus le premier détenteur étatique de cryptomonnaies, avec 198 000 bitcoins issus de saisies judiciaires.
Le cours s’envola, passant de 69 000 dollars avant l’élection à plus de 125 000 dollars en octobre 2025. L’approbation des premiers ETF bitcoin au comptant par la SEC avait ouvert la voie aux investisseurs institutionnels, amplifiant le mouvement. Le bitcoin semblait enfin sur le point d’accéder au statut d’actif financier respectable.

La chute

Depuis ce sommet, le bitcoin a perdu près de la moitié de sa valeur, dont 25 % depuis le début de l’année. Début février 2026, en 24 heures, 1,25 milliard de dollars de positions à effet de levier ont été liquidées, accélérant la spirale baissière. Plusieurs facteurs ont précipité ce retournement. L’enthousiasme suscité par le "président bitcoin" s’est essoufflé, les législations promises ayant stagné au Congrès. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a refroidi les ardeurs en affirmant que le gouvernement n’avait pas l’autorité pour renflouer les acteurs du secteur, fragilisant la perception pro crypto de l’administration. La réputation des cryptomonnaies a aussi pâti des nombreuses personnalités publiques ayant lancé des jetons à leur nom, avant de liquider leurs positions au sommet, ruinant au passage des fans qui avaient investi leurs économies.

Surtout, les investisseurs se sont détournés des cryptomonnaies au profit des métaux précieux. L’or et l’argent ont capté les flux qui auraient pu se diriger vers le bitcoin. Le verdict des marchés est sans appel : quand l’incertitude monte, les investisseurs se ruent vers le métal jaune, pas vers les jetons numériques. Les ETF, qui avaient porté la hausse, ont enregistré des sorties massives. Ce retournement révèle une réalité que les partisans du bitcoin préfèrent ignorer : pour beaucoup d’investisseurs, l’attrait principal reste la hausse du cours. Quand les prix montent, ils achètent ; quand ils baissent, ils vendent.

Un système fragile

La chute a exposé les fragilités d’un écosystème devenu un véritable système financier parallèle. Des entreprises se sont spécialisées dans l’accumulation de bitcoins, émettant actions et obligations pour en acheter toujours plus. Ce modèle fonctionne tant que le cours monte : la valorisation boursière dépasse celle des bitcoins détenus, permettant de lever des fonds à bon compte pour en acquérir davantage. Quand le cours s’effondre, la mécanique s’inverse. Ces sociétés affichent désormais des pertes colossales et doivent constituer des réserves en dollars pour honorer leurs engagements, une concession douloureuse pour des apôtres de la décentralisation. Michael Burry, l’investisseur reconnu pour avoir prédit la crise financière de 2008, a d’ailleurs mis en garde contre une spirale baissière généralisée si le bitcoin venait à chuter trop rapidement.

Bitcoin et or, illustration (photo Kanchanara/Unsplash).

Les plateformes d’échange souffrent également. Certaines ont annoncé des licenciements massifs et la fermeture de certaines activités. Sur les marchés de prédiction, les traders estiment à 85 % la probabilité que le bitcoin passe sous 60 000 dollars cette année.

Le risque n’est plus seulement celui d’une baisse des prix, mais celui d’une course aux retraits. Car le marché crypto repose sur une promesse implicite : la liquidité à la demande. Or, quand tout le monde cherche à sortir en même temps, les sorties deviennent impossibles. Les prix affichés ne correspondent plus à ce que l’on peut réellement obtenir. Ce schéma rappelle les banques "wildcat" américaines du XIXe siècle, qui émettaient leurs propres billets en promettant un remboursement en or qu’elles ne pouvaient honorer quand les déposants se présentaient tous ensemble. Le bitcoin a reconstruit la même architecture fragile.

Les stablecoins sous l’œil des régulateurs

Face à la volatilité des cryptomonnaies, les stablecoins se présentent comme une alternative rassurante. Ces jetons sont adossés à des réserves en dollars ou en obligations d’État pour maintenir une parité fixe. Tether et USD Coin dominent ce marché avec une capitalisation combinée de plusieurs centaines de milliards de dollars.

Leur essor inquiète les banques centrales. La BCE a multiplié les mises en garde : si ces jetons venaient à se substituer partiellement aux dépôts bancaires, les banques commerciales perdraient une source de financement essentielle, et la transmission de la politique monétaire s’en trouverait affaiblie. L’usage principal des stablecoins, concentré dans des activités à la marge de la légalité, pose aussi des questions de blanchiment et de contournement des sanctions.

Ces préoccupations poussent les autorités à développer leurs propres monnaies numériques. La BCE cherche à accélérer son projet d’euro numérique, qui s’inscrit dans la recherche de souveraineté européenne en permettant de contourner le duopole américain du paiement. Un programme pilote est prévu en 2027. L’euro numérique promet certains avantages des cryptomonnaies tout en étant garanti par la banque centrale. Reste la question de la confidentialité : certains craignent un outil de surveillance des transactions. La BCE assure vouloir préserver l’anonymat des paiements et maintenir les billets physiques en circulation.

Bitcoins : comme l’or, une "ressource" limitée

Le bitcoin repose sur la blockchain, un registre décentralisé où des ordinateurs valident collectivement les transactions en résolvant des problèmes mathématiques complexes. Ce processus, appelé minage, génère de nouveaux jetons selon un calendrier préétabli, avec un plafond fixé à près de 21 millions d’unités. Actuellement un peu plus de 20 millions de bitcoins seraient en circulation et l’objectif des 21 millions de bitcoins « minés » devrait être atteint en 2140. Cette architecture devait garantir une rareté comparable à celle de l’or. Le bitcoin est le plus populaire des cryptoactifs : il représente encore près de la moitié de la capitalisation totale du marché des cryptomonnaies, estimée à environ 2 000 milliards de dollars.

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