Métaux critiques : pour bâtir l’Europe-puissance, la leçon des États-Unis (Ifri) >
À l’heure où les métaux critiques deviennent un outil de souveraineté, l’Ifri plaide pour que l’Europe suive l’exemple de l’État-stratège américain, à tous les niveaux de la chaîne de valeur.
- Le constat. Données et cartes à l’appui, l’Ifri décrit une stratégie américaine à la fois massive, directe et rapide. De 2021 à 2026, Washington a mobilisé environ 40 milliards d’euros pour les projets liés aux matières premières critiques, soit près de huit fois plus que l’Union européenne. Ces "Critical Raw Materials" (CRM) représentent une cinquantaine de minerais, incluant le lithium, le cobalt, le nickel et les terres rares, considérés comme essentiels pour la sécurité nationale et l’économie. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’arsenal s’est encore épaissi : nouveaux fonds via l’OBBBA (One Big Beautiful Bill Act), rôle renforcé du Département de la Guerre, stock stratégique "Vault" doté de 12 milliards de dollars pour stocker les métaux critiques, diplomatie minière plus offensive avec des accords bilatéraux, notamment avec l’Ukraine et la RDC.
- Ce que dit la note. En s’inspirant du modèle américain, l’Ifri plaide pour une réponse européenne moins doctrinale et plus interventionniste. Le point saillant n’est pas seulement l’extraction, mais toute la chaîne de valeur : raffinage, transformation, composants, stockage. Un seul exemple éloquent : MP Materials, producteur américain d’aimants à base de terres rares, dans lequel le Département de la Guerre a investi 400 millions de dollars, complétés par un prêt de 150 millions accordé par l’Office of Strategic Capital. La note suggère aussi de durcir et coordonner le contrôle européen des investissements étrangers dans les actifs critiques, tout en conservant un cadre suffisamment lisible pour attirer les capitaux utiles.
- Pourquoi c’est important. Les métaux critiques servent de matériau de base aux batteries, aux aimants permanents, à l’électronique de puissance, aux technologies bas carbone… Autrement dit, à toute la compétitivité industrielle future. L’alerte lancée par l’Ifri vaut donc au-delà du secteur minier. Si l’Europe continue de sous-investir et de fragmenter sa réponse, elle risque de cumuler trois dépendances : sur la ressource, sur la transformation et sur la décision stratégique. "Le défi pour l’Europe est de s’engager suffisamment pour façonner le nouvel ordre international des minéraux", conclut la note, qui prévient : "Les deux prochaines années seront décisives".