Pourquoi Emmanuel Macron a choisi Marc Bloch
Emmanuel Macron présidera demain mardi 23 juin la cérémonie d’entrée au Panthéon de Marc Bloch, quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, le 16 juin 1944.
- Ce qu’il faut savoir. Historien parmi les plus influents du XXe siècle, cofondateur avec Lucien Febvre de la revue des Annales d’histoire économique et sociale, ancien professeur à l’université de Strasbourg puis à la Sorbonne, Marc Bloch fut aussi un combattant des deux guerres mondiales. Mobilisé en 1914, il termine la Grande Guerre avec le grade de capitaine et quatre citations militaires. Remobilisé à sa demande en 1939, à 53 ans, il participe à la campagne de France avant de rédiger L’Étrange Défaite, son analyse de l’effondrement de 1940. Entré dans la Résistance à Lyon, il est arrêté le 8 mars 1944, emprisonné et torturé à Montluc, puis fusillé près de Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain. Emmanuel Macron avait annoncé sa panthéonisation le 23 novembre 2024 à Strasbourg, saluant alors "son œuvre, son enseignement et son courage".
- L’info à retenir. Emmanuel Macron poursuit une série de panthéonisations engagée dès le début de son premier quinquennat avec Simone Veil et Antoine Veil en 2018, Maurice Genevoix en 2020, Joséphine Baker en 2021, Missak Manouchian et Mélinée Manouchian en 2024, et enfin Robert Badinter en 2025. Mais le choix de Marc Bloch présente une singularité : c’est la première fois qu’un historien entre au Panthéon. Plus largement, peu de figures réunissent à ce point l’œuvre intellectuelle, l’expérience du combat, l’engagement dans la Résistance et le sacrifice ultime.
- En coulisses. La cérémonie devait initialement se tenir le 16 juin, date anniversaire de son exécution. Elle a finalement été reportée au 23 juin en raison du G7 organisé à Évian la semaine dernière. En amont de l’événement, l’École normale supérieure, dont Marc Bloch fut élève, accueille une veillée républicaine ce lundi soir. Les descendants de Marc Bloch ont également adressé un courrier à Emmanuel Macron demandant que "l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie".
- Entre les lignes. Le choix de Marc Bloch intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs années, les questions de transmission, de mémoire nationale, d’antisémitisme et de rapport à la vérité occupent une place croissante dans le débat public. Juif alsacien, républicain, laïque et patriote, Marc Bloch échappe aux classifications politiques habituelles. Dans L’Étrange Défaite, il ne se contente pas d’analyser une déroute militaire : il décrit les défaillances d’un système politique, administratif et militaire incapable de voir venir la catastrophe.
- Ce que cela révèle. Depuis 2017, les choix mémoriels d’Emmanuel Macron tentent de révéler un même fil conducteur : honorer des figures capables de raconter la France par le courage, l’engagement et la transmission. Avec Marc Bloch, le chef de l’État ajoute une nuance : celle de la lucidité. L’auteur de L’Étrange Défaite n’a pas seulement combattu pour la France. Il a aussi cherché à comprendre pourquoi elle avait failli.