Decathlon s’offre une part du vélo le plus snob du monde
Decathlon s’empare de 10 % de Brompton, l’icône britannique du vélo pliant, aux côtés du chinois BA Capital. Une opération à 21 millions d’euros qui détonne dans la galaxie Mulliez.
- Ce qu’il faut savoir. Il y a quelques jours Decathlon a annoncé, via Pulse, son pôle d’investissement, la prise de 10 % du capital de Brompton, aux côtés du fonds shanghaïen BA Capital (5 %), soutien de la première heure de Pop Mart, l’éditeur des peluches Labubu. Montant de l’emplette : environ 18 millions de livres (21 millions d’euros), dans le cadre d’une cession secondaire permettant aux actionnaires historiques, aux salariés et au directeur général Will Butler-Adams de monétiser une partie de leurs titres. Andrew Ritchie, l’inventeur, reste premier actionnaire. L’opération valorise l’artisan londonien autour de 120 millions de livres.
Car la cible est aussi iconique que lilliputienne : 78 530 vélos vendus sur l’exercice clos en mars 2025 (-7,5 %), 121,5 millions de livres de chiffre d’affaires (-1 %), 790 salariés et un bénéfice avant impôt symbolique de 130 476 livres. L’export représente 70 % des ventes avec la Chine pour premier marché. Et maintenant des "corners" Brompton feront leur entrée dans des magasins Decathlon. - Pourquoi c’est important. Pour Decathlon, le contraste est saisissant. Le mastodonte nordiste a bouclé 2025 avec un chiffre d’affaires de 16,8 milliards d’euros (+ 4 %), un Ebitda en hausse de 21 % à 1,8 milliard et un bénéfice net de 910 millions (+ 16 %). L’enseigne fondée par le cousin de Gérard Mulliez, Michel Leclercq - dont le fils Julien a pris la présidence en 2025 - aligne 1 902 magasins et près de 103 000 salariés. Elle y écoule 450 vélos par heure. Avec Leroy Merlin, elle fait figure de dernier moteur vaillant de la galaxie appartenant à la famille Mulliez.
Mais ce champion s’est construit en solo : marques propres (Quechua, B’Twin, Van Rysel), modèle intégré de la conception à la caisse, croissance organique érigée en dogme. Le rachat n’était pas dans son ADN. C’est tout l’intérêt de Pulse, qui multiplie les paris : les compteurs Magene, les montres Coros, 65 % du spécialiste allemand du leasing Bikeleasing, et désormais Brompton, une marque grand public premium. Objectif : apprendre la montée en gamme et la mobilité urbaine design, et décrocher, via BA Capital, un sésame chinois. - En coulisses. L’histoire de Brompton tient du roman. En 1975, Andrew Ritchie, ingénieur formé à Cambridge, dessine son prototype dans son appartement de South Kensington, dont la fenêtre donne sur l’Oratoire de Brompton : l’église baptisera le vélo, pliable en un tiers de sa taille. Une poignée d’amis mettent la main à la poche et deviennent actionnaires. Cinquante ans plus tard, ce sont ces fidèles de la première heure, qui cèdent leurs titres. Le vélo né sous un clocher entre dans les temples de la grande distribution.