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Business / Édition / 20/07/2026

Les mauvais comptes cachés qui accablent la gestion de Kretinsky

Pertes en série, dividendes divisés par trois : les comptes d'Editis Holding chiffrent la dérive du groupe racheté par Daniel Kretinsky, en pleine OPA sur Fnac Darty.

Denis Olivennes et Daniel Kretinsky, lors des "Rencontres de l'Udecam" en 2019, à Paris (photo Thomas Samson / AFP).
  • Ce qu’il faut savoir. Alors qu’on évoque l’arrivée d’Olivier Nora chez Editis, nous avons décortiqué les comptes du groupe acquis en 2023 par la société Czech Media Invest (CMI) de Daniel Kretinsky, qui accablent sa gestion. Cette année-là, Editis Holding affichait encore 22 millions d’euros de résultat opérationnel consolidé et 6,3 millions d'euros de bénéfice social, grâce aux 31,9 millions de dividendes remontés des filiales. Depuis, la mécanique s'est enrayée : 4,5 millions de pertes sociales en 2024, puis 8,9 millions en 2025 - un quasi-doublement qui se traduit, au bilan, par un report à nouveau négatif de 21 millions d’euros. Chez Editis on explique que le résultat opérationnel consolidé était de 26 millions (sans l’intégration de Delcourt).
    Le diagnostic tient en deux chiffres. Les dividendes des filiales ont fondu des deux tiers, à 12,2 millions en 2024 puis 11,1 millions en 2025. Une chute justifiée par la baisse des performances de l’activité éducation, qui avait bénéficié en 2022 de la réforme des collèges et lycées. Et le financement qui a remplacé la trésorerie de Vivendi - un term loan de 140 millions, un crédit renouvelable de 150 millions et un prêt participatif de 61,5 millions - a coûté près de 23 millions d’euros d'intérêts l'an dernier. Bilan : 400 millions de dette financière brute, justifiée en partie par l’acquisition de Delcourt. 
  • Pourquoi c’est intéressant. Cette hémorragie tombe au pire moment. Lancée le 25 janvier, l'OPA du milliardaire Tchèque sur Fnac Darty - dont il détenait déjà 28,5 % - a reçu le feu vert de l'AMF le 7 mai : à 36 euros par action, l'opération valorise le distributeur à 1,1 milliard d’euros. Elle exige donc 230 millions d’euros pour franchir les 50 % et doit être bouclée d'ici la fin de l'année, verrouillant au passage la porte au chinois JD.com. Le propriétaire du numéro deux de l'édition française va donc contrôler le premier vendeur de livres du pays. En interne, l'urgence a un visage : Denis Olivennes, déjà président, a pris la direction générale le 23 janvier, reléguant Catherine Lucet au conseil, quand CMI annonçait en décembre un plan de départs massif. Malgré de jolies emplettes - Delcourt ou les Éditions du sous-sol et leur best-seller signé Adèle Yon -, le groupe fait face à des défis structurels liés à la baisse de la lecture qui se traduit par la fermeture de plusieurs enseignes de libraires indépendants. 
  • Entre les lignes. Moqué pour avoir encaissé 653 millions fin 2023 avec la vente d’Editis après l'avoir acquis, quelque 900 millions d’euros à l'espagnol Planeta début 2019, Vincent Bolloré peut remercier Bruxelles de cette vente forcée. Car à l'aune des comptes d'aujourd'hui, qui offrirait encore un tel prix ? 
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