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Pouvoirs / Éditorial / 14/09/2026

La grande confiscation

Le ministère de l'Économie et des finances (photo Manuel Cohen/AFP).

La France est un pays qui ne sait plus créer de richesse, mais qui excelle à la confisquer. À huit mois de l’élection présidentielle, la surenchère sur les droits de succession tient lieu de programme. Raphaël Glucksmann promet 15 milliards arrachés aux "méga héritages". Les Écologistes veulent que la "grande transmission" finance la "grande transition". La CFDT réclame une taxation "dès le premier euro". LFI prévient qu’au-delà de 12 millions, "nous prendrons tout". Et Dominique Galouzeau de Villepin, qui se croit en 1788, prône une "imposition unique et renforcée" des successions au nom de l’abolition des privilèges.

Ce concours Lépine de la confiscation ignore un fait têtu : la France est déjà championne d’Europe de "l’impôt sur la mort". Selon Eurostat, elle a encaissé en 2024 près de 21 milliards d’euros de droits de transmission, soit 44,5 % du total de ce qu’ont perçus les Vingt-sept pays de l’Union Européenne. Cela représente 0,7 % de la richesse nationale contre 0,3 % dans le reste de l’Europe. Ces recettes ont bondi de près de 70 % en huit ans. Qui peut soutenir que nous taxons trop peu ?

Ces propositions sont d’abord économiquement suicidaires. Le patrimoine transmis ne dort pas dans des coffres : il s’investit en actions, finance des créations d’entreprises, se transforme en logements. Il alimente pendant des décennies l’impôt sur les sociétés, la TVA, les cotisations, les droits de mutation ou les taxes foncières. Le prélever à la source revient à abattre l’arbre pour en vendre le bois, et à pousser vers Milan, Lisbonne ou Genève les familles qui détiennent le capital de nos plus belles entreprises.

Elles sont ensuite moralement indéfendables. Le patrimoine n’est pas une manne tombée du ciel mais le fruit d’une vie de travail, d’épargne et de renoncements, déjà taxé à chaque étape de sa constitution. Vouloir le transmettre à ses enfants est le plus humain des désirs. "Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder", écrivait Goethe : l’héritage n’est pas une rente, c’est une responsabilité. En faire le butin de l’État, c’est traiter la famille en suspecte et la mort comme un vulgaire avis d’imposition.

Elles sont enfin profondément injustes. Car ceux qu’elles frapperont ne sont pas les "nantis" désignés à la vindicte, mais la jeunesse française d’aujourd’hui. Une génération de "déshérités", condamnée à porter un quadruple passif. Une dette publique de plus de 3 600 milliards, fruit de cinquante ans de choix absurdes faits pour distribuer du pouvoir d’achat aux seuls inactifs. Une dette climatique, dont l’été caniculaire que nous venons de vivre n’offre qu’un avant-goût. Une dette éducative, avec une école qui ne transmet plus les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul comme nous l’ont rappelé cette semaine les différents classements Pisa. Une dette culturelle, enfin, depuis que Mai 68 a renoncé à léguer une culture classique incomparable, une histoire magnifique, le souvenir d’une grandeur qui fait rêver le monde entier. Après avoir privé nos enfants de tout ce qui ne se monnaie pas, on voudrait maintenant leur retirer ce qui se transmet.

Bastiat avait tout dit : "L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde". En 2027, les Français devront choisir entre deux France : celle qui transmet et celle qui confisque. La première a fait la grandeur du pays ; la seconde n’a jamais enrichi que l’État qui la ruine. Aux candidats qui rêvent de faire les poches des morts, il faut répondre que l’héritage de nos enfants n’est pas la variable d’ajustement de cinquante ans de faillite publique.

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