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Pouvoirs / Éditorial / 19/10/2026

Lincoln plutôt que Duflot

Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France, à Paris en 2025 (photo Leo Vignal/AFP).

Il fallait y penser. Dans le pays qui détient le record de l’OCDE en matière de prélèvements obligatoires, une ONG vient d’attaquer l’État en justice pour… insuffisance d’impôts. Oxfam France réclame un euro symbolique de réparation. C’est à peu près la valeur ajoutée de son dossier.

À la manœuvre, Cécile Duflot. On se souvient de la ministre du Logement qui avait fait voter une loi dont le secteur de la construction ne s’est jamais vraiment remis. On a un peu oublié qu’elle avait aussi laissé son nom à une niche fiscale, le "dispositif Duflot", qui offrait jusqu’à 54 000 euros de réduction d’impôt à ceux qui avaient les moyens d’acheter du neuf pour le louer. La femme qui instruit aujourd’hui le procès des privilèges fiscaux en a donc fabriqué un elle-même, aux frais du contribuable, et à destination exclusive des ménages aisés. Les prêcheurs les plus bruyants sont rarement les pénitents les plus sincères.

Le réquisitoire tient en une phrase, répétée en boucle sur toutes les antennes. Un milliardaire paierait proportionnellement moins d’impôts qu’une infirmière. La preuve ? Aucune. Le chiffre de 25 % brandi par l’ONG ne compare pas ce qu’un milliardaire et une infirmière versent au Trésor. Il rapporte l’impôt payé à un "revenu économique" qui inclut des bénéfices non distribués, restés dans des sociétés, jamais encaissés. C’est comme si l’on reprochait à l’infirmière de ne pas être imposée sur la plus-value latente de son appartement.

Et pour corriger une prétendue injustice sur les revenus, Oxfam réclame un impôt sur le patrimoine. La taxe Zucman de 2 % par an sur les fortunes ne taxe pas ce que l’on gagne mais ce que l’on possède. Confondre un flux et un stock n’est pas une erreur de détail, c’est un contresens de première année d’économie. Mais qu’importe, puisque le mot fait office d’argument. Zucman, Zucman, Zucman : à force d’entendre ce nom psalmodié comme un mantra, on finit par comprendre qu’il remplace la réflexion plutôt qu’il ne la nourrit.

Car le fond de l’affaire est là. Oxfam croit combattre la pauvreté en désignant une trentaine de milliardaires à la vindicte. Cible facile, bénéfice nul. Les 9,8 millions de pauvres que compte la France ne le sont pas parce que quelqu’un qui a pris des risques, créé des emplois et investit partout en France est devenu riche, mais parce que l’école ne forme plus, que le travail ne paie plus et que l’État, qui absorbe 57 % de la richesse nationale, n’a pas résolu le problème avec un argent qu’il a pourtant dépensé sans compter. Décrire la France en paradis fiscal relève de la farce. La France est un purgatoire fiscal où les capitaux expient avant de s’exiler. Y ajouter un impôt de plus ne fera revenir ni les usines, ni les emplois, ni les recettes.

Il existe un vieux catéchisme de bon sens, dix préceptes que la légende attribue à Abraham Lincoln et qui mériteraient d’être enseignés au collège, à côté de la devise de la République. Rappelons-le pour la forme : "On ne peut instaurer la prospérité en décourageant l’épargne. On ne peut aider les plus démunis en ruinant les puissants. On ne peut renforcer les faibles en affaiblissant les forts. On ne peut améliorer le sort du salarié en abaissant celui qui le paie. On ne peut aider le pauvre en ruinant le riche. On ne peut se prémunir contre les difficultés financières en dépensant plus que ses revenus. On ne peut promouvoir la fraternité en incitant à la haine de classe. On ne peut bâtir la sécurité sur l’argent emprunté. On ne peut forger le caractère et le courage en privant les hommes d’initiative et d’indépendance. On ne peut aider durablement les hommes en faisant à leur place ce qu’ils peuvent et doivent faire eux-mêmes."

Madame Duflot ne coche aucun de ces préceptes. Pire, elle les viole tous !

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