Stellantis va-t-il confier les clés de Maserati à un chinois et un coréen ?
Le chinois JAC Motors confirme discuter avec Stellantis et Huawei, mais rien n’est signé. Pour Maserati, qui a perdu 840 millions d’euros l’an dernier, cette alliance fait figure de dernière chance.
- Ce qu’il faut comprendre. Après un bond de 20 % en trois séances, JAC Motors a dû s’expliquer la semaine dernière devant la Bourse de Shanghai. Le constructeur a reconnu discuter d’une coopération avec Huawei et Stellantis, dont ni le contenu ni la forme ne sont arrêtés. Aucun accord contraignant n’est signé et le nom de Maserati n’apparaît pas dans le document. Née en mai dans la presse chinoise, la rumeur a été relancée en septembre par Milano Finanza puis Reuters. Le schéma qui circule affirme que Huawei aurait la charge de la technologie embarquée et le chinois JAC Motors de l’ingénierie. Deux modèles électriques seraient à l’étude, un SUV et une GT. Les caisses sortiraient de l’usine JAC de Hefei pour être finies à Cassino en Italie, avec un démarrage visé fin 2027. Stellantis ne confirme rien et évoque des discussions de routine avec des industriels. Antonio Filosa a seulement admis en juin, devant des parlementaires italiens, négocier avec deux partenaires qu’il n’a pas nommés. Il a aussi assuré que Maserati n’était pas à vendre.
- Pourquoi ces discussions sont importantes. L’enjeu dépasse une marque qui vend moins de 8 000 voitures par an. Présenté le 21 mai à Auburn Hills, le plan FaSTLAne 2030 destiné à relancer Stellantis fait des partenariats l’un des piliers de la stratégie d’Antonio Filosa. Il réserve 70 % des investissements dans les produits à quatre marques mondiales et aux utilitaires. Maserati ne fait pas partie de celles-ci. Les deux modèles que le plan lui promet iraient donc chercher leur technologie chez des partenaires. Stellantis veut aussi porter l’utilisation de ses usines européennes de 60 % à 80 % d’ici à 2030, quitte à les ouvrir à des constructeurs chinois. Leapmotor est attendu en Espagne, Dongfeng à Rennes. Avec Maserati, le groupe franchirait un cap. Prêter ses usines à des marques chinoises est une chose, prêter le blason de sa seule marque de luxe en est une autre.
- Entre les lignes. Les comptes de Maserati ne laissent plus tellement le choix aux dirigeants de Stellantis. De 51 500 voitures en 2017, les livraisons sont tombées à 7 900 l’an dernier, au plus bas depuis 2012. Encore bénéficiaire de 141 millions d’euros en résultat opérationnel ajusté en 2023, la marque a perdu 260 millions en 2024 puis 198 millions en 2025, pour 726 millions de chiffre d’affaires. Stellantis a dû réinjecter 1,2 milliard en deux ans. Le plan de relance sera dévoilé en décembre à Modène. D’ici là, il faudra régler un sujet dont il a été peu question jusqu’ici. Huawei est sur la liste noire de Washington depuis 2019. Or les États-Unis restent le premier marché de Maserati.