Omnes Education passe un grand oral tendu devant ses créanciers
Le numéro un français des écoles privées doit refinancer 700 millions d’euros. Son actionnaire Cinven aborde ses prêteurs au pire moment, entre fronde étudiante et rabot sur l’apprentissage.
- Ce qu’il faut comprendre. Omnes Education a ouvert le chantier de son refinancement. Le groupe détenu par Cinven depuis 2019 cherche à replacer environ 700 millions d’euros de dette. L’essentiel de ses lignes bancaires tombe en avril 2028, d’après les comptes consolidés de la holding Educin Topco. S’y ajoutent 216 millions d’obligations convertibles à échéance avril 2029. En contrepartie l’Ebitda plafonne à 95 millions d’euros. Le levier dépasse donc sept fois, un niveau que le marché trouve d’autant plus tendu que l’activité d’Omnes Education dépend, à certains égards, de la dépense publique. Le tour de table des créanciers réunit Goldman Sachs, PSP Investments, M & G et Clearlake Credit. Ces prêteurs sont entrés quand l’éducation passait pour un placement de père de famille. Ils peuvent aujourd’hui exiger une marge relevée ou une injection de fonds propres en échange d’un report des maturités.
- Pourquoi ce cas d’espèce est important. Omnes Education est un poids lourd du secteur. L’ex-Inseec U revendique 40 000 étudiants et des enseignes installées comme l’Inseec ou l’ECE. Son chiffre d’affaires a dépassé 400 millions d’euros, contre 234 millions en 2019, quand Cinven valorisait l’ensemble autour de 800 millions. Sept ans plus tard, la dette approche le prix payé. La faiblesse d’Omnes tient à son modèle économique : près de la moitié des étudiants sont en alternance, donc financés par un apprentissage que l’État rabote budget après budget. L’ancien patron Mathias Emmerich y voyait la preuve d’une "ouverture sociale" inédite. Les prêteurs y lisent désormais une dépendance à la subvention. Le calendrier politique aggrave tout, avec une contestation étudiante d’une ampleur rare et une présidentielle où le privé lucratif va redevenir une cible commode. Le groupe a déjà commencé à s’alléger en cédant sa filiale IFG Executive Education.
- Entre les lignes. Le dossier dépasse Omnes. AD Education, contrôlé par Ardian, voit déjà son prêt à terme décoter sur le marché secondaire, plombé par la baisse des aides en faveur de l’apprentissage et par l’irruption de l’intelligence artificielle. Galileo Global Education dispose d’actionnaires patients avec Téthys et CPP Investments. OpenClassrooms, financé par le capital-risque, paraît plus exposé encore puisque son modèle repose sur l’alternance en ligne. Globeducate, où Wendel a rejoint Providence, semble mieux abrité, car ses écoles bilingues vivent des frais payés par les familles. Mais les multiples qui prévalaient en 2023 appartiennent au passé. Si Omnes paie cher sa prolongation, tous les actifs comparables seront revalorisés à la baisse.