Le bonus de 12 millions d'euros qui ne passe pas en Belgique >
Le groupe chimique Solvay a décidé de se scinder en deux entités. Avec, d'une part, les produits chimiques de base, tels que la soude et le peroxyde qui resteront dans l'ancien Solvay. D'autre part, la chimie de spécialité et les matériaux légers utilisés dans la construction automobile ou aéronautique (avec notamment les batteries électriques), qui rejoindront la société Syensqo. Cette dernière sera introduite à la Bourse de Bruxelles à la mi-décembre et sera dirigée par Ilham Kadri, l'actuelle patronne de Solvay, recrutée en octobre 2018 par Jean-Pierre Clamadieu afin de lui succéder à la tête du géant belge qui avait fusionné avec Rhodia en 2011. De manière à mettre en œuvre toutes ces opérations de scission, les actionnaires de Solvay sont donc convoqués, le 8 décembre prochain, en assemblée générale extraordinaire. Mais toute l'attention des investisseurs est aujourd'hui davantage fixée sur un point annexe à l'ordre du jour de cette assemblée. En l'occurrence, l'alinéa 18 qui prévoit « l'octroi d'une prime de 12 millions d'euros à la Chief Executive Officer du groupe, au regard de son engagement exceptionnel dans le cadre de la réalisation du projet de scission partielle ». Un bonus approuvé par le conseil d'administration de Solvay, que préside Nicolas Boël, arrière-petit-fils d'Ernest Solvay, le fondateur du géant belge. Et tout cela après avis argumenté du comité de rémunération qui compte Gilles Michel, le président de Valeo, parmi ses membres. Le sens attribué à ce bonus difficilement explicable est de récompenser Ilham Kadri pour son travail sur ce projet de scission – largement réalisé par des banques d'affaires – et pour la fidéliser. Mais, lorsqu'un CEO reçoit une rémunération de 4,4 millions d'euros par an, on peut juger légitime que cela comprenne un surcroît de travail lié à une opération financière qui n'a rien de spectaculaire, et dont on ne sait pas encore si elle créera de la valeur à moyen terme pour les actionnaires de Solvay. Enfin, il est surprenant qu'à quelques jours du vote des actionnaires personne ne connaisse les modalités du paiement de ce bonus (cash ou actions). Le capitalisme belge s'honorerait de voter contre l'attribution de ce bonus. Chacun sait qu'outre-Quiévrain les actionnaires individuels sont à la fois plus engagés que les actionnaires français et qu'ils sont davantage préoccupés par les sujets d'éthique. Ils ont l'occasion de se faire entendre, d'ici au vote du 8 décembre, afin de supprimer de l'ordre du jour cette résolution. Ou, à défaut, de la rejeter pour ne pas polluer le projet industriel et financier de scission. l