Pourquoi les vendeurs à découvert font monter l'action Alstom… >
V oilà un phénomène contre-intuitif sur le marché financier. L'action Alstom affiche désormais une hausse de 33 % depuis début 2024. Ce qui en fait l'une des meilleures performances du SBF 120. Et ce rebond est le fait, notamment, des hedge funds qui ont fait de ce titre l'un des plus « survendus » depuis plusieurs mois. Selon notre dernier décompte, avant la publication des comptes du groupe au titre de son exercice clos le 30 mars dernier, environ 19 % du capital faisait l'objet de ventes à découvert de la part d'investisseurs qui anticipent donc une baisse du titre. Or le groupe a annoncé, mercredi dernier, des résultats moins dramatiques que ce que certains avaient pu craindre après le profit warning de l'automne. Surtout, le conseil d'Alstom – qui sera bientôt présidé par Philippe Petitcolin, ancien patron de Safran – a entériné un plan de désendettement portant sur 2,4 milliards d'euros, dont 700 millions de cessions d'actifs périphériques. Le reste du refinancement est assuré par une émission d'obligations hybrides pour 750 millions d'euros. Et par une augmentation de capital qui portera sur 1 milliard d'euros, soit 15 % de la capitalisation boursière actuelle d'Alstom. Le groupe ne devrait pas avoir besoin d'émettre ces nouveaux titres avec une trop forte décote, dans la mesure où les deux principaux actionnaires, la Caisse de Dépôts et de Placements du Québec et Bpifrance, se sont engagés à souscrire au prorata de leur participation. Par ailleurs, un syndicat bancaire, composé de BNP Paribas, Cacib, JP Morgan et de la Société Générale, s'est engagé à assurer la bonne fin de cette opération à hauteur de 750 millions d'euros.
Toutes ces informations ont été très bien accueillies par le marché le 8 mai au matin. Et la hausse du titre a été d'autant plus forte que les vendeurs à découvert qui misaient « sur un effet déceptif » ont été pris à contre-pied. Ce qui les a obligés à se racheter le plus rapidement possible. D'autant plus que, si Alstom s'est donné jusqu'au mois de septembre pour réaliser cet appel au marché, le groupe pourrait lancer son opération très vite, une fois publiés les documents obligatoires et une fois obtenues les autorisations d'usage. Dans ces conditions, le mouvement de rachat de titres va continuer à « porter » le titre au cours des séances à venir. Et cela, même si une grande partie des vendeurs à découvert ont initié leurs positions spéculatives au moment du rapprochement avec Bombardier lorsque l'action Alstom valait plus du double de son cours actuel. En attendant la réalisation de ce refinancement, qui doit permettre à Alstom de conserver une notation « investment grade » – nécessaire pour rassurer les signataires de commandes à long terme – Bernard Delpit, le directeur financier du groupe, peut savourer le fait d'avoir reconstruit la relation de confiance entre le marché et l'équipementier ferroviaire. Arrivé le 1er juillet 2023, il a dû faire face à une forte dégradation du free cash-flow lié à un surstockage imprévu, à des retards de paiement et à un décalage de TVA. En quelques mois, il a rétabli la situation de trésorerie, rassuré Moody's, renoué le lien avec les deux principaux actionnaires et reconstruit une communication financière enfin crédible. La seule question qui demeure est celle d'une nouvelle gouvernance qui affaiblit Henri Poupart-Lafarge – directeur général du groupe – et dont on a le sentiment qu'elle reste inachevée.