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Business / Immobilier / 23/02/2026

Gare du Nord : Ceetrus, la foncière de la famille Mulliez, n'en a pas fini avec la SNCF

Dans la bataille autour de la modernisation de la gare du Nord, la justice a condamné la SNCF à verser 274 millions d’euros à la foncière Ceetrus, qui s'estime victime de querelles internes.

Le parvis de la gare du Nord, tel qu'imaginé pour le projet initial de StatioNord (illustration agence Valode & Pistre).
  • Le jugement. Mi-février, le tribunal administratif de Paris a condamné la SNCF à verser 274,8 millions d’euros pour avoir prononcé la déchéance du contrat de rénovation de la gare du Nord, à la société concessionnaire qui devait mener le chantier. Cette société avait été formée en 2019, par SNCF Gares et Connexions (la filiale de la SNCF chargée de la gestion des 3 000 gares françaises) et Ceetrus, la foncière de la famille Mulliez, sous la forme d’une Semop - société d’économie mixte à opération unique -, et sous le nom commercial de StatioNord, la SNCF détenant 34 % du capital et Ceetrus 66 %. L’objectif était de réaliser une ambitieuse transformation de la gare la plus fréquentée d’Europe et de créer des nouvelles surfaces commerciales et de services, sur 15 000 mètres carrés, surfaces exploitées par StatioNord pendant 46 ans, générant 1,5 milliard d’euros de redevances et de résultats d'exploitation pour la SNCF sur la durée de la concession.
  • La décision contestée. En septembre 2021, la SNCF a résilié de façon unilatérale le contrat de concession, évoquant des "défaillances graves du concessionnaire". Dans les faits, la SNCF reprochait un début de dérapage budgétaire et des risques pesant sur le planning des travaux, redoutant que la gare ne soit pas prête pour accueillir les nombreux voyageurs attendus pour les JO en juillet 2024. Du côté adverse, on dénonçait "une mise en scène de Gares et connexions pour déclarer une déchéance qui n’était pas fondée".
  • En coulisses. Des proches du dossier assurent qu’en réalité c’est une guerre interne à la SNCF qui a contribué à cette rupture, Gares et Connexions n’ayant pas réussi à obtenir d’interruptions temporaires du trafic à la gare du Nord de la part de SNCF Réseau, le gestionnaire des 28 000 km du réseau ferré Français. Des interruptions nécessaires pour mener à bien la rénovation de la gare, mais SNCF Réseau a préféré privilégier les chantiers du CDG Express et des changements d'aiguillages. Au final, la SNCF aurait préféré dénoncer le contrat que de risquer de faire porter la responsabilité d’un éventuel retard du chantier à Marlène Dolveck, alors patronne de Gares et connexions et qui était l’une des possibles candidates à la succession de Jean-Pierre Farandou à la tête de la SNCF (elle a depuis quitté le groupe).
  • La suite du dossier. Ce premier jugement est loin de clore l’affaire. D’abord parce que la SNCF a annoncé vouloir faire appel de la décision. Mais aussi parce qu’une autre décision de justice est attendue d’ici le début du mois d’avril, en cassation cette fois-ci. En effet, en 2023, la SNCF a obtenu du tribunal de commerce le versement de 47 millions d’euros de la part de Ceetrus, agissant comme banquier du projet, au titre de la garantie à première demande. Décision confirmée en appel, mais sur laquelle doit se prononcer d’ici avril la Cour de Cassation, Ceetrus estimant que les conditions contractuelles de l'appel n'ont pas été respectées. La famille Mulliez semble en tout cas décidée à faire payer à la SNCF une forme de mépris, certains les ayant qualifiés "d’épiciers égarés en milieu ferroviaire".
  • L’ironie de l’histoire… StatioNord étant détenue à 34 % par la SNCF, si le montant récupéré par la société est supérieur aux dépenses engagées, une part reviendra alors… à la SNCF ! Pas 34 %, mais environ 20 % de la somme, les actions de Ceetrus étant bonifiées. Dans l’attente de la fin des péripéties judiciaires, la société StatioNord est en liquidation amiable.
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