Comment le loup Shein cherche à entrer dans la bergerie éthique >
Le géant chinois de l’ultra-fast fashion veut mettre la main sur Everlane, l’une des marques emblématiques du "luxe responsable" américain. Une opération à 100 millions de dollars.
- L’information à connaître. Shein s’apprête à acquérir Everlane, la marque californienne de prêt-à-porter haut de gamme "éthique", auprès du fonds d’investissement L Catterton, pour un montant avoisinant 100 millions de dollars. Le conseil d’administration d’Everlane a approuvé ce projet de cession il y a quelques jours. Pour les actionnaires ordinaires, la pilule est amère car l’essentiel du produit de cession devrait servir à rembourser un passif estimé à 90 millions de dollars. Fondée en 2010 par Michael Preysman sur les principes de la transparence et de l’approvisionnement éthique, Everlane avait su séduire une génération entière de consommateurs urbains et soucieux de l’impact de leur garde-robe. Elle finit rachetée pour une bouchée de pain, par le pire acteur que sa philosophie était censée combattre.
- Pourquoi c’est important. Pour Shein, cette acquisition n’est pas une fantaisie : c’est un signal stratégique. Le groupe réalise 30 à 35 % de son chiffre d’affaires en Europe du Sud et de l’Ouest et sa réputation de machine à polluer lui coûte cher sur ce marché, particulièrement sensible aux enjeux environnementaux. Acquérir Everlane, c’est s’offrir un certificat de bonne conduite, un réseau de distribution en vente directe et une clientèle premium difficilement accessible par la seule voie du dumping tarifaire. Certains experts voient dans ce rachat un test pour éprouver la chaîne de confection de Shein sur une ligne haut de gamme. C’est, en fait, une manœuvre classique des intégrateurs verticaux qui absorbent des marques culturellement crédibles pour monter en gamme sans repartir de zéro.
- Quel impact pour L Catterton ? Shein a négocié cette acquisition avec le fonds L Catterton dont la société de gestion compte parmi ses actionnaires la Financière Agache que contrôle la famille Arnault. Ce fonds est entré en 2020 au capital d’Everlane de manière minoritaire. Mais il a échoué à repositionner la marque vers le segment premium qu’il visait. Face à la pression d’Uniqlo, Amazon Essentials et Quince, et à l’explosion des coûts d’acquisition client en ligne, la marque a décroché, obligeant L Catterton à chercher un repreneur.
- Entre les lignes. La capacité d’acquisition de Shein est presque sans limite. Le chinois génère près de 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, avec un bénéfice net de 2 milliards de dollars. Ce n’est pas un secret que Shein lorgne sur des enseignes comme Arket ou & Other Stories et sur des marques indépendantes britanniques et continentales. Everlane n’est probablement qu’un amuse-bouche.