Le consortium qui négocie pour acquérir SFR songe à un plan de rétention des salariés >
On connaîtra le 5 juin l’issue des discussions sur le dossier SFR. Le consortium qui espère racheter l’opérateur est face à un paradoxe : comment garder des salariés qui redoutaient d’être licenciés.
- Ce qu’il faut savoir. Les négociations pour le rachat de SFR sur la base d’une valorisation 20,35 milliards d’euros par le trio Orange-Bouygues-Iliad doivent prendre fin ce vendredi. Chaque garantie exigée au vendeur fait l’objet de tractations serrées, et l’on n’en est qu’au début. Car après l’annonce probable d’un accord le 5 juin le chemin sera encore long. Il y aura les consultations obligatoires des représentants du personnel (IRP), puis l’examen par l’Autorité de la concurrence (et on ne sait pas encore s’il s’agit de Paris ou de Bruxelles), dont la décision n’est pas attendue avant le courant de l’année 2027. Sans compter de nombreuses autres autorisations administratives. On parle donc, au minimum, d’une procédure qui, selon les recours éventuels, pourrait prendre près de trois ans. Alors que beaucoup relataient les inquiétudes des 8 000 salariés français de SFR, le consortium réfléchit à mettre en place un plan de rétention, de manière à ne pas voir partir les collaborateurs qui assurent la bonne marche de l’opérateur.
- Pourquoi c’est important. Pour les salariés de SFR, la prolongation des négociations, puis des examens juridiques ne fait qu’épaissir un brouillard déjà suffocant. Dans un secteur des télécoms en tension sur les profils commerciaux ou techniques - ingénieurs réseaux, experts cybersécurité, spécialistes fibre… - l’incertitude est un accélérateur de départs. Les profils les plus employables, précisément ceux dont le consortium a le plus besoin pour assurer la continuité d’exploitation, sont aussi les premiers à recevoir des offres de la concurrence.
Le problème est structurel : tant que la transaction n’est pas approuvée, les acquéreurs ne peuvent ni promettre des postes précis, ni offrir des garanties contractuelles individuelles, ni même communiquer sur l’organisation cible. Les règles du droit de la concurrence interdisent toute coordination prématurée entre concurrents qui restent, juridiquement, des rivaux. Le consortium se trouve donc dans une position inconfortable : il doit rassurer sans pouvoir s’engager, motiver sans pouvoir rémunérer différemment, et retenir sans pouvoir recruter. - Entre les lignes. Les précédents de fusions dans les télécoms sont instructifs. Lors du rachat de T-Mobile par Sprint aux États-Unis ou de la consolidation des marchés en Allemagne et en Italie, les périodes d’attente réglementaire ont systématiquement provoqué des hémorragies de talents, fragilisant les opérations bien avant même que les synergies promises ne commencent à se matérialiser.
- Et côté clients ? L’importante baisse moyenne des prix observée ces dernières années dans les télécoms (-16 % en 2024 et presque autant en 2025) a essentiellement été du fait de SFR, qui cherchait à maintenir sa base d’abonnés en vue de sa vente. Et après la vente ? La logique de rétention qui s’applique aux salariés est la même pour les clients : dans cet "entre-deux", chaque acteur a intérêt à retenir ses clients. Alors que certains consommateurs redoutent une augmentation des prix dans un marché à trois opérateurs, on devrait donc plutôt observer une stabilité des prix, au moins durant les deux ou trois prochaines années.