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Business / Luxe / 29/06/2026

Aidé par Bill Gates, Givaudan passe à l’offensive en rachetant Eurofragance

Le numéro un mondial des arômes et parfums frappe un grand coup en prenant une participation majoritaire dans la maison de parfums espagnole Eurofragance.

Le siège d'Eurofragance (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut savoir. Givaudan - société suisse cotée à Zurich avec une capitalisation de 26 milliards d’euros - vient d’annoncer l’acquisition d’une participation majoritaire dans Eurofragance, maison de parfums espagnole fondée à Barcelone en 1990 par Santiago Sabatés. Au capital du groupe suisse, on retrouve un actionnariat prestigieux : Bill Gates en tête (12,03 %), devant UBS (5,67 %), BlackRock (5,06 %) et la Fondation Haldor (5 %), émanation de la famille Rausing, fondatrice de Tetra Pak en Suède. La cible n’a rien d’anecdotique. Avec plus de 600 salariés, des sites de production en Espagne, à Singapour et au Mexique, des partenaires industriels en Chine et en Inde, Eurofragance affichait en 2025 un chiffre d’affaires supérieur à 200 millions d’euros, en hausse de 16 % ; sa cinquième année consécutive de croissance à deux chiffres. Les modalités financières de cette acquisition par Givaudan restent confidentielles (la Suisse reste la Suisse !) et la finalisation demeure suspendue aux autorisations réglementaires. Eurofragance devrait conserver son indépendance de marque, sa structure et sa culture.
  • Pourquoi c’est important. L’opération s’inscrit dans la stratégie 2030 de Givaudan, axée sur la conquête des marchés régionaux à forte croissance - Moyen-Orient, Amérique latine, Afrique, Turquie, Indonésie - là précisément où Eurofragance excelle. Et le moment de cette transaction n’est pas lié au hasard. Au premier trimestre 2026, la division Parfums et Beauté du suisse a bondi de 5,9 %, tirée par un segment luxe en envolée de 9,6 %, après une hausse de 16,7 % un an plus tôt. Derrière ces chiffres, une lame de fond. Le "lipstick effect" d’antan cède la place au "perfume effect" : sous contrainte budgétaire, les consommateurs renoncent aux gros achats mais s’offrent le petit luxe réconfortant d’un parfum. En s’emparant d’une pépite spécialisée, Givaudan ne fait pas qu’élargir son portefeuille : il verrouille un savoir-faire de niche et des marchés régionaux que la course à la taille rend de plus en plus précieuse. Le message à la concurrence - IFF, Firmenich-DSM, Symrise - est limpide : la consolidation du secteur entre dans une phase offensive.
  • Entre les lignes. Pour des groupes de luxe comme LVMH, Chanel, L’Oréal ou Richemont, cette opération est très importante, dans la mesure où ils confient l’essentiel de leurs "jus" à une poignée de fournisseurs ; chaque concentration en amont renforce le pouvoir de négociation de ces derniers et resserre l’accès aux meilleurs parfumeurs. En captant Eurofragance et son ancrage sur les marchés émergents, Givaudan se positionne pour accompagner - voire orienter - l’expansion des marques de luxe dans les pays du Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, nouveaux eldorados de la fragrance.
  • En coulisses. La riposte est déjà engagée. Chanel et LVMH ont investi, au cours des dernières années, dans la maîtrise de leur filière - des champs de fleurs de Grasse aux laboratoires internalisés - pour échapper à la dépendance. L’Oréal, premier acheteur mondial, joue de sa puissance d’achat. Mais la montée en gamme des "composeurs" indépendants, désormais adossés à des plateformes mondiales, change la donne : le parfum n’est plus un simple accessoire, c’est un actif stratégique. Et dans cette bataille, celui qui tient la molécule tient une part du désir.
Cette semaine, dans la rubrique Business
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