CMA CGM jette l’ancre à Mombasa
L’armateur dirigé par Rodolphe Saadé est prêt à investir 820 millions de dollars pour s’emparer de la porte d’entrée de l’Afrique de l’Est juste après avoir installé à Abidjan son état-major africain.
- Ce qu’il faut retenir. Le géant marseillais du transport maritime et de la logistique s’apprête à frapper fort. CMA CGM s’est engagé il y a quelques jours à investir 820 millions de dollars pour moderniser et agrandir deux terminaux à conteneurs du port de Mombasa, le plus grand d’Afrique de l’Est. L’accord, scellé en marge du sommet Africa Forward de Nairobi en présence d’Emmanuel Macron, prend la forme d’un partenariat public-privé : l’État kényan devrait garder la main stratégique, l’armateur français apportera les capitaux, les technologies et le savoir-faire. Au programme : des grues à haut rendement, de l’automatisation logistique, un suivi numérique des cargaisons et une coordination douanière repensée. L’objectif est limpide : réduire les temps d’escale et désengorger un port saturé. Car Mombasa, qui a traité 2,11 millions de conteneurs en 2025 (+ 5,5 %), tourne à quasi pleine capacité, plombé par la congestion et le vieillissement de ses installations. Présente au Kenya depuis 2005, CMA CGM connaît le terrain. Si bien que les travaux devraient débuter dès cette année.
- Pourquoi cet investissement est important. Mombasa n’est pas un port comme les autres : c’est le poumon maritime de tout un hinterland enclavé avec l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan du Sud ou la République démocratique du Congo. Fluidifier ce goulet, c’est accélérer le commerce de cinq pays d’un coup. Pour le Kenya, l’enjeu est aussi compétitif : Dar Es Salaam en Tanzanie et Djibouti investissent à marche forcée pour capter les flux régionaux. Les pouvoirs publics kenyans ont accueilli l’annonce de CMA CGM en parlant d’un investissement "transformateur", promettant des milliers d’emplois et un accès accéléré aux marchés mondiaux pour les exportateurs de thé, café, horticulture et textiles. Pour l’armateur marseillais, c’est une pièce maîtresse d’un échiquier africain qu’il déploie de façon méthodique : après Kribi (Cameroun), Lekki (Nigeria) et Pointe-Noire (Congo), le groupe de Rodolphe Saadé verrouille désormais la façade orientale du continent, complétant un maillage de port à port reliant l’Atlantique à l’océan Indien.
- En coulisses. Tout le monde n’applaudit pas. ONG environnementales et défenseurs du littoral redoutent un dragage intensifié, un trafic densifié et des activités industrielles en hausse. Autant de menaces pour les récifs coralliens, la pêche artisanale et la biodiversité côtière kényane, fragiles écosystèmes que l’expansion portuaire pourrait abîmer durablement si elle est mal encadrée.