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Business / Énergie / 29/06/2026

Comment le gaz qatari fait dérailler les cessions d’EDF

Rattrapé par la crise gazière au Moyen-Orient, EDF suspend l'ouverture du capital de sa filiale italienne Edison. Ce qui complique sa quête de milliards pour les investissements dans le nucléaire.

Bernard Fontana, le patron d'EDF, lors d'une visite du chantier de l'EPR2 de Petit-Caux, en mars 2026 (photo Ludovic Marin/AFP).
  • Ce qu’il faut savoir. Notre électricien public, EDF, vient de geler l'un des volets les plus attendus de son vaste plan de cessions. L'énergéticien a suspendu le processus d'ouverture du capital d'Edison, sa filiale transalpine, victime collatérale de l'embrasement au Moyen-Orient. Lors d'une réunion tenue à Paris, dirigeants et conseillers d'EDF ont convenu d'observer le marché quelques semaines encore avant d'arrêter toute décision. Confiée à l'automne dernier à Lazard et Intesa Sanpaolo, la cession d'un bloc d'actions - en Bourse ou auprès de nouveaux partenaires - devait rapporter plusieurs milliards d'euros à EDF, sur la base d'une valorisation d'Edison estimée entre 7 et 10 milliards. Mais l'équation est devenue intenable. 
  • Pourquoi cette pause est importante. Il est difficile, en effet, de valoriser sereinement un acteur frappé de plein fouet par la fermeture du détroit d'Ormuz et la destruction partielle de Ras Laffan, la plus grande usine de liquéfaction au monde. Or Edison figure parmi les Européens les plus exposés : selon le bureau d'analyse Kepler, près de 80 % de ses approvisionnements de long terme en GNL proviennent du Qatar. QatarEnergy a prolongé sa clause de force majeure jusqu'à la fin juin, annulant dix cargaisons, et pourrait l'étendre encore.
    L'enjeu dépasse la seule Edison. Deuxième importateur de gaz d'Italie et premier opérateur de GNL de l’autre côté des Alpes, la filiale d’EDF a acheté 13,4 milliards de mètres cubes en 2024, soit 23 % de la demande nationale. Geler sa vente, c'est priver EDF d'une rentrée d'argent cruciale au moment même où le groupe doit boucler le financement de ses futurs réacteurs français, dont le devis ne cesse de gonfler. Chaque milliard repoussé pèse sur la trajectoire financière du parc.
  • Entre les lignes. Heureusement pour Bernard Fontana, le patron d’EDF, tout n'est pas à l'arrêt. Outre-Atlantique, le projet "Lafayette" - cession de 100 % des activités d'énergies renouvelables aux États-Unis et au Canada - avance à grands pas. KKR et Clearway Energy, contrôlé par TotalEnergies et BlackRock, seraient en lice ; Brookfield, lui, se serait retiré après la fin des aides aux renouvelables de l'ère Biden. Par ailleurs EDF a mandaté Natixis Partners pour céder Hynamics, sa filiale d'hydrogène en pertes récurrentes. Le groupe confirme vouloir "ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs" afin d'accompagner ses projets "tout en préservant l'équilibre financier".
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