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Business / Capital-Investissement / 29/06/2026

Les héritiers d’Albert Frère vendent "les yeux de la planète" au plus offrant

La famille Frère cherche à céder 66 % de CLS, une pépite spatiale dont la valorisation a doublé en six ans. EQT, Goldman Sachs et le belge SPDG (famille Périer-D’Ieteren) sont en lice.

L'une des stations au sol de réception d’images satellites radar de CLS (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut retenir. Le dossier entre dans sa dernière ligne droite. Trois candidats sont encore en lice pour racheter la participation majoritaire de 66 % que la Compagnie nationale à portefeuille (CNP) détient dans CLS : le fonds scandinave EQT (appartenant à la famille Wallenberg), Goldman Sachs et le belge SPDG (véhicule d’investissement de la famille Périer-D’Ieteren). Selon plusieurs sources proches du dossier, les offres indicatives convergent autour de 800 millions d’euros - soit exactement le double de ce que la CNP avait payé en 2020 pour acquérir sa position de contrôle. En six ans, la valeur de CLS a donc été multipliée par deux. Il faut dire que la cible est de premier plan. Collecte Localisation Satellites, fondée en 1986, s’est spécialisée dans l’exploitation de données satellitaires - issues de satellites, de bouées océaniques et de drones - permettant de cartographier la fonte des glaciers, d’assurer la sécurité maritime ou d’accompagner les entreprises énergétiques et minières. Avec 1 200 salariés et un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros en 2025, CLS vise pour 2026 un chiffre d’affaires d’environ 280 millions d’euros et un EBITDA de plus de 60 millions d’euros - un saut de croissance porté en partie par l’acquisition du britannique Ground Control et une dynamique organique de + 10 % attendue au premier semestre.
  • Pourquoi c’est important. Le secteur du private equity européen vit depuis 2023 ce qui ressemble à une véritable traversée du désert : la remontée des taux a durci le coût de la dette ; les multiples de valorisation ont reculé ; les sorties de portefeuille se sont raréfiées. Dans ce contexte, une enchère à 800 millions d’euros sur un actif de cette nature est un signal rare et précieux. CLS coche précisément les cases que les grands fonds d’infrastructure et les maisons de private equity de conviction recherchent. D’abord, des revenus contractuels pluriannuels avec des clients publics de premier rang qui garantissent une visibilité rare dans un portefeuille. Ensuite, un positionnement ESG structurel et défendable : la surveillance du dérèglement climatique, des océans et de la biodiversité n’est pas un argument marketing, c’est le cœur de métier. Enfin, une dimension stratégique et souveraine croissante : dans un monde où l’espace est redevenu un théâtre d’affrontement entre puissances, les données satellitaires sont des actifs sensibles qui intéressent autant les industriels de la défense que les fonds d’infrastructure.
  • Entre les lignes. Ce dossier révèle autant sur les vendeurs que sur l’actif. La CNP est contrôlée depuis 2021 par Gérald Frère à hauteur de 75 %, sa sœur Ségolène détenant le solde de 25 %. Depuis la mort d’Albert Frère en 2018, les héritiers ont simplifié un empire patrimonial complexe, en cédant les actifs industriels à forte intensité opérationnelle pour se recentrer sur les grandes positions financières cotées, GBL en tête. CLS, malgré sa valeur, ne correspond plus à ce modèle. Vendre 800 millions d’euros un actif acheté 400 millions en 2020, c’est une sortie propre, rentable et stratégiquement cohérente. La grande question est celle de l’attitude du CNES. L’agence spatiale française, actionnaire à 34 %, n’a pas encore tranché. Elle peut vendre pour financer d’autres projets ou rester pour conserver un droit de regard sur la gouvernance d’un actif qu’elle a créé de toutes pièces.
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