Veolia mise un milliard sur l'Espagne et enterre Agbar
Le groupe français cherche à déployer un milliard d'euros sur cinq ans pour franchir 3,6 milliards de chiffre d'affaires en 2030 en Espagne.
- Ce qu’il faut savoir. Le patron de Veolia en Espagne, Daniel Tugues, l'a confirmé : la filiale ibérique injectera un milliard d'euros dans le pays au cours des cinq prochaines années. Une somme considérable, calibrée pour propulser le chiffre d'affaires espagnol au-delà de 3,6 milliards d'euros à l'horizon 2030.
Le plan s'articulerait autour de quatre piliers : l'eau, l'énergie, la valorisation des déchets et la diversification vers l'industrie et l'agriculture. C’est la valorisation énergétique des déchets qui devrait en profiter. Veolia estime que l'Espagne devra construire jusqu'à quinze nouvelles usines de recyclage pour se conformer aux normes européennes. Un gisement de croissance que le groupe compte bien capter.
L'eau demeure la vache sacrée, avec 72 % du chiffre d'affaires espagnol. Mais le réseau vieillit plus vite qu'il ne se renouvelle. Ce qui laisse présager des hausses tarifaires dans les années à venir pour rattraper les standards d'investissement européens. Il faudra surveiller, cet été, le résultat de l’appel d'offres en cours pour alimenter en eau huit communes de la métropole barcelonaise. - Pourquoi cette bataille espagnole compte vraiment. Tout se joue dans l'héritage de l'OPA sur Suez. En absorbant son rival (après découpage) en 2021, Veolia a récupéré Agbar, le joyau historique de la distribution d'eau espagnole. Pendant des décennies, le groupe a opéré derrière cette marque centenaire et celle de Sorea. C'est précisément ce que le plan "One Veolia", bouclé en décembre 2025, vient d'effacer : près de 93 filiales dissoutes, les noms d'Agbar et Sorea rayés de la carte. Désormais, une seule bannière flotte sur les 18 800 salariés espagnols : Veolia.
Le symbole est fort. L'Espagne n'est pas un marché secondaire : c'est la quatrième source de revenus du groupe, derrière la France et les États-Unis, au coude-à-coude avec l'Allemagne. Réussir la mue espagnole en devenant un acteur diversifié de l'énergie et des déchets, c'est valider le pari industriel de toute l'OPA. - Entre les lignes. Parmi les administrateurs de Veolia en Espagne siège Elena Salgado, ancienne ministre socialiste de l'Économie. Sa présence n'est pas anodine : elle illustre l'imbrication entre Veolia et CriteriaCaixa, le bras financier de la Fondation La Caixa, actionnaire à environ 5 % du groupe et partenaire à 30 % dans Aigües de Barcelona, dont Veolia détient les 70 % restants. Derrière l'industriel français se cache relais d'influence catalan et madrilène. La géographie du pouvoir, en Espagne comme ailleurs, se lit aussi dans les organigrammes.