TAP : la bataille franco-allemande entre dans sa dernière ligne droite
Lisbonne accélère la privatisation de TAP. Offres fermes fin juillet, choix du repreneur en septembre : Air France - KLM et Lufthansa s'affrontent pour la porte d'entrée du ciel sud-américain.
- Ce qu’il faut savoir. Le gouvernement portugais a fixé le tempo, et il est serré : les offres contraignantes pour la reprise de TAP devront être remises d'ici la fin du mois de juillet. Le ministre des Infrastructures Miguel Pinto Luz ne laisse planer aucun doute sur le calendrier. Une fois les offres fermes déposées, la holding Parpública disposera d'une vingtaine de jours pour boucler son évaluation finale. Verdict attendu début septembre, avec la désignation du soumissionnaire gagnant. L'État portugais mettra sur le marché jusqu'à 49,9 % du capital, dont 5 % réservés aux salariés.
Mais l'opération ne devrait pas être bouclée avant l'été 2027, le temps que Bruxelles et la Direction générale de la concurrence donnent leur feu vert - un examen antitrust qui réclame environ un an et pourrait s'accompagner de mesures correctives. La transition managériale, elle, démarrera bien avant. Dès la décision actée, le repreneur retenu pourra cogérer l'entreprise aux côtés de l'État, et ce dès cette année. - En attendant, Air France muscle sa trésorerie. Pour ne pas être pris de court, Air France - KLM s'est donné les moyens de ses ambitions : la holding franco-néerlandaise vient de boucler un crédit renouvelable d'un milliard d'euros auprès d'un consortium de douze banques internationales. L'objectif est limpide : disposer d'une réserve de liquidités souple et mobilisable au moment précis où tomberont les autorisations réglementaires. Ce crédit n'est qu'un instrument dédié, un financement-relais pour saisir les opportunités de consolidation avec agilité - TAP en tête de liste, alors que le dossier scandinave SAS touche à sa finalisation. Sur le dossier TAP, Air France - KLM rivalise avec Lufthansa pour l'un des duels les plus stratégiques de la consolidation aérienne du continent.
- Entre les lignes. Derrière la bataille pour TAP se cache une obsession : l'Amérique du Sud. Et tout particulièrement le Brésil. Lisbonne est la porte d'entrée européenne par excellence vers l'Atlantique Sud, et le réseau de TAP vers le sous-continent constitue son joyau le plus convoité. Pour Air France - KLM comme pour Lufthansa, mettre la main sur la compagnie portugaise, c'est verrouiller un accès direct à des lignes long-courriers parmi les plus rentables du marché mondial. Les autorités portugaises ne s'y trompent pas : elles plaident depuis des mois pour l'adossement de TAP à un grand groupe capable de lui offrir la taille critique et la pérennité. Dans la recomposition du transport aérien mondial, celui qui décrochera TAP s'offrira bien plus qu'une compagnie : un avantage géostratégique durable.