Grandes fortunes italiennes : BNP Paribas sort l'artillerie lourde
Avec Diamond Tower Family Strategy, conçu avec la SDA Bocconi, BNP Paribas part à l'assaut des fortunes familiales italiennes, à la veille du plus gros transfert de patrimoine de l'histoire du pays.
- Ce qu’il faut savoir. C'est depuis la tour Diamant, son étincelant siège milanais qui a donné son nom au projet, que BNP Paribas a dévoilé, il y a quelques jours "Diamond Tower Family Strategy", un family-office d'un nouveau genre conçu avec la SDA Bocconi, la prestigieuse école de management lombarde. L'offre repose sur quatre piliers : stratégie, gouvernance, conseil et formation des héritiers. Elle traite le patrimoine familial comme un écosystème global : participations industrielles, immobilier, portefeuilles financiers, collections d'art, philanthropie. "Chaque famille est unique", résume Luca Bonansea, patron de la banque privée de BNL BNP Paribas. Coordonnée par Stefano Schrievers, la structure s'adosse à un "Family Strategy Lab", laboratoire de recherche installé à la Bocconi. Sur un marché saturé de single et multi-family offices, où bataillent déjà Fideuram (Intesa Sanpaolo), Banca Generali, Mediobanca ou Azimut, la banque joue la différenciation : pas de produits à écouler, mais un conseil indépendant, de l'analyse des besoins au pilotage des actifs non financiers, art et philanthropie compris.
- Pourquoi l'enjeu est important pour BNP Paribas. Le patrimoine des ménages italiens culmine à 12 800 milliards d'euros, dont 4 500 milliards d'actifs financiers investissables : le troisième gisement d'Europe. Mais plus de 2 000 milliards dorment sur des comptes de dépôt, 80 % de la richesse est aux mains des plus de 55 ans et 60 % des plus de 65 ans n'associent pas leurs enfants aux décisions d'investissement. Surtout, 470 milliards d'euros d'actifs financiers changeront de mains d'ici à 2036 – plus de 1 000 milliards en comptant la pierre –, quand 63 % des entreprises familiales, qui forment près de la moitié du top 1 000 transalpin, n'ont aucun plan de succession. Pain bénit pour la banque privée italienne, l'une des plus dynamiques d'Europe. Pour BNP Paribas, l'affaire est mûrement réfléchie : depuis le rachat d'AXA IM, qui a hissé le groupe dans le trio de tête européen de la gestion d'actifs, la collecte de la grande épargne est érigée en moteur de croissance. Diamond Tower en est le prolongement naturel à l'étage des très grandes fortunes.
- En coulisses. Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas regarde toujours l’Italie avec les yeux de Chimène. Au lendemain du rachat de BNL en 2006, c'est lui qui en prend les commandes, apprend l'italien à une vitesse record et réussit une intégration citée en exemple, avant de regagner Paris en 2008 comme directeur général délégué. Un galop d'essai transalpin qui lui ouvrira, fin 2011, la direction générale du groupe. Depuis, le patron de BNP Paribas défend contre vents et marées son "deuxième marché domestique".