Isolateurs : le trésor caché de Verescence est à vendre
Seize mois après avoir racheté le verrier français, ses actionnaires portugais mettent en vente sa pépite espagnole d’isolateurs haute tension. Valorisation attendue : près de 300 millions d’euros.
- Ce qu’il faut savoir. Verescence a mandaté Lincoln International pour explorer la vente de La Granja Insulators. Le processus est au stade préparatoire. Si la décision de mettre en vente cette filiale intervient maintenant, c’est parce que le marché des isolateurs électriques croît de 7 à 10 % par an. La principale usine de La Granja tourne à pleine capacité et les listes d’attente dépassent un an. Un projet de doublement du site de production est lancé et devra être financé par l’acquéreur de la société. Celle-ci réalise une soixantaine de millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 97 % à l’export) avec une marge opérationnelle record de 33 %. Cette pépite du groupe Verescence, qui est le numéro deux européen du secteur des isolateurs derrière Sediver, vend ses produits dans 120 pays. Si aucune valorisation n’a été communiquée on peut penser que les enchères pourront approcher les 300 millions d’euros. Surtout si l’on se base sur les ratios du rachat de Sediver par Blackstone il y a deux ans, acquis pour 600 millions d’euros.
- Pourquoi cette cession est importante. Le groupe Verescence qui est numéro un mondial du flacon de parfumerie et de cosmétique (600 millions d’unités par an avec quatre verreries) (Mers-les-Bains, La Granja, Covington en Géorgie, Janghang en Corée) fournit des clients prestigieux comme LVMH, L’Oréal, Hermès ou Puig. Au sein de ce groupe les isolateurs sont un héritage et ne font pas partie de la stratégie de croissance avec seulement 15 % du chiffre d’affaires total. Les vendre au sommet des multiples de l’infrastructure pourra permettre de financer le verre ultraléger et le recyclé post-consommation qu’impose le règlement européen, voire aussi d’alléger la dette d’un LBO réalisé il y a dix-huit mois sur la base d’un prix d’acquisition de 490 millions d’euros.
- Une histoire complexe. Les débuts de Verescence remontent à 1896 lorsqu’Henri Desjonquères a repris la Verrerie du Tréport avant de s’agrandir nettement en 1924 avec l’usine de Mers-les-Bains. En 1972 Saint-Gobain a absorbé la verrerie et lui a rattaché La Granja. Cette opération a fait de Saint-Gobain Desjonquères le flaconnier des grandes maisons. Mais en 2007 le groupe de matériaux de construction a cédé sa filiale à Sagard et Cognetas sur la base d’une valeur de 690 millions d’euros, en gardant 20 %. Trois ans plus tard l’entreprise était étouffée par la dette. Jusqu’à ce qu’Oaktree injecte des liquidités, avant de séparer la pharmacie, vendue au chinois JIC et rebaptise le parfum Verescence. Depuis mai 2025 l’entreprise appartient à Movendo Capital, le holding de la famille Soares dos Santos.