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Business / Énergie / 28/09/2026

Pourquoi Kretinsky veut s’offrir le géant du gaz que l’Allemagne a sauvé

Daniel Kretinsky a fait une offre sur les 74 % d’Uniper mis en vente par Berlin. Une opération à plus de dix milliards qui interroge sur ses liens avec TotalEnergies et le mécano qui pourrait suivre.

La centrale d'Irsching (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut retenir. Daniel Kretinsky a donc décidé de passer à l’offensive. Son groupe, EPH, a déposé il y a quelques jours, une offre non contraignante sur l’ensemble d’Uniper. Le milliardaire tchèque se présente seul, sans partenaire, et via EPH, non via EP Energy Transition, la société sœur qui loge le charbon de LEAG. Son offre d’achat porte sur les 74,12 % du capital d’Uniper que l’Etat allemand, actionnaire à 99,12 % depuis le sauvetage à 13,5 milliards d’euros de 2022, a mis en vente au mois de mai. Berlin gardera 25 % plus une action, seuil que Bruxelles lui impose jusqu’à fin 2028. Aucun prix n’a filtré : des sources financières allemandes évoquaient en juin une fourchette de 8,8 à 11,4 milliards d’euros hors trésorerie nette (4,4 milliards). Le processus, piloté par JPMorgan et UBS, reste à double détente. Une dizaine de candidats sont en lice pour le rachat du bloc majoritaire. On trouve Equinor, jugé le mieux placé, Brookfield-CPPIB, KKR, Jera, ou Fortum et Vattenfall pour les actifs suédois. Par ailleurs Uniper a entamé à Londres des réunions d’investisseurs en vue d’une cotation en Bourse.
  • Pourquoi cela ne peut pas laisser indifférent TotalEnergies. L’énergéticien français, qui avait examiné le dossier au printemps, n’a pas déposé d’offre. Mais depuis le 29 avril, il partage à parité avec EPH une coentreprise pouvant produire 14 gigawatts via des centrales à gaz, à biomasse et des batteries en Italie, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Irlande. Le tout a été valorisé 10,6 milliards d’euros. Kretinsky y a apporté toute sa production flexible d’Europe de l’Ouest, charbon exclu, contre 4,2 % du capital du groupe dirigé par Patrick Pouyanné. Ce qui fait d’EPH l’un des tout premiers actionnaires de la major française. La coentreprise est le "véhicule privilégié" des deux groupes dans ces pays.
  • Ce qui peut se passer si Kretinsky met la main sur Uniper. En 2019, EPH avait repris Uniper France et cédé aussitôt à Total les deux centrales à gaz de Saint-Avold, ne gardant que la centrale à charbon. Les centrales à gaz britanniques d’Uniper et ses actifs néerlandais devraient logiquement rejoindre le périmètre de la coentreprise. Les centrales allemandes exigeraient d’en élargir le champ géographique. Ce que TotalEnergies - qui vante la proximité de ses centrales néerlandaises du marché allemand - aurait peu de raisons de refuser. Le charbon pèserait peu dans le deal. Car Uniper a signé l’an dernier la vente de Datteln 4 et ne garde que Maasvlakte 3, qui doit cesser de brûler du charbon en 2030. Le vrai sujet est ailleurs : Uniper est le premier importateur de gaz d’Allemagne, le premier opérateur de stockage de gaz du pays – ce qui est stratégique -, le premier producteur d’électricité hydraulique outre-Rhin et le deuxième producteur d’électricité nucléaire en Suède. Autant d’actifs très précieux.
  • Les difficultés de l’opération. La minorité de blocage de Berlin, qui veut un groupe intégré, vaut veto sur tout transfert d’actifs majeur. Ce qui peut compliquer les apports de centrales à la coentreprise avec TotalEnergies. À cela s’ajoute le sujet de concurrence : que va dire Bruxelles au mariage éventuel des 7 gigawatts de LEAG et de la puissance de feu d’Uniper ? Reste enfin la question du financement. Daniel Kretinsky devrait faire un chèque de plus de dix milliards d’euros. Et son seul actif facilement monétisable est sa participation au capital de TotalEnergies qui vaut 7,8 milliards d’euros, mais qu’il a qualifiée d’ancrage "de long terme".
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