Comment l’investissement dans Scalian a déjà coûté 242 millions à Wendel
Acheté en 2023 au sommet du cycle, Scalian a déjà coûté 242 millions d’euros de dépréciations à Wendel. L’entreprise garde un potentiel de rebond, mais aussi une dette proche de 7 fois l’Ebitda.
- Ce qu’il faut savoir. Trois ans après avoir préempté l’enchère sur Scalian, Wendel solde les comptes d’un LBO acheté trop cher : 120 millions d’euros de dépréciations ont été actées dès 2024, puis à nouveau 122 millions en 2025. Ces chiffres seraient anecdotiques si Scalian n’avait pas été le premier grand investissement direct du "nouveau Wendel" après l’arrivée à sa tête de Laurent Mignon en décembre 2022. Cinq mois plus tard Wendel entrait en négociations exclusives sur la base d’une valeur d’entreprise de 965 millions d’euros, que la plupart des professionnels du secteur avaient trouvée excessive. Sauf le vendeur, bien sûr, en l’occurrence le groupe belge Cobepa qui l’avait payé un peu plus de 200 millions d’euros quatre ans et demi plus tôt. L’investissement a tellement mal tourné que Wendel a dû réinjecter une centaine de millions d’euros en 2025, sous forme de prêt vite converti en actions, avant de changer le management.
- Pourquoi c’est intéressant. Scalian n’est pas une entreprise malade. Ses 5 000 ingénieurs, son ancrage auprès des grands comptes de l’aéronautique et de la défense et une marge d’Ebitda de 11 % en font un actif de qualité, doté d’un potentiel de redressement. Le problème relève du prix d’achat. Les équipes de Laurent Mignon ont valorisé la société environ 13 fois un Ebitda de pointe (14 % de marge) et une croissance de 30 % par an, dopée par neuf acquisitions. Il a suffi que le marché du conseil en ingénierie se retourne fin 2023 pour que l’Ebitda perde un quart de sa valeur et que le levier, calibré pour la croissance, devienne un piège : avec une dette à 6,8 fois l’Ebitda, chaque euro de résultat perdu s’impute sur les fonds propres, seule variable d’ajustement. Wendel a acheté au sommet du cycle, au sommet du multiple, sans les synergies qu’un industriel aurait pu invoquer.
- En coulisses. David Darmon, membre du Directoire de Wendel en charge des investissements directs, préside aussi le conseil de surveillance de Scalian. Il quittera Wendel le 30 novembre et cédera la présidence de Scalian à Jérôme Michiels, directeur général adjoint de Wendel. Les conditions de son départ, qualifié de "contraint", interpellent. Elles prévoient une indemnité de 1,16 million d’euros (18 mois de rémunération fixe), dont les deux conditions de performance - un bonus supérieur à 70 % du maximum et un dividende en hausse - ont été jugées remplies et surtout un plafond global relevé de 18 à 24 mois, soit 3,07 millions d’euros, à faire valider par la prochaine assemblée générale des actionnaires 2027. Sans compter la levée de la condition de présence sur tous ses plans d’options et d’actions de 2023 à 2026, les conditions de performance restant dues.