Swissbit : Ardian veut encaisser le jackpot de la pénurie de puces
Ardian a mandaté UBS pour vendre Swissbit, six ans après être entré au capital de ce champion suisse de la mémoire industrielle. Valorisation visée : plusieurs milliards de dollars, en haut du cycle.
- Ce qu’il faut savoir. Ardian a mandaté UBS pour sonder les acquéreurs potentiels de Swissbit, le fabricant suisse de mémoires industrielles dont il détient la majorité du capital depuis 2020. Les discussions n’en sont qu’à leurs prémices et rien ne garantit une vente. Ardian comme UBS se refusent à tout commentaire, mais le chiffre qui circule donne le ton : plusieurs milliards de dollars, sur la base d’un résultat annuel d’environ 250 millions. À douze fois ce résultat, on frôle les 3 milliards. En 2020, Ardian Expansion, le compartiment mid-cap du fonds, avait emporté Swissbit au terme d’une enchère, aux côtés d’un management emmené par Silvio Muschter, qui réinvestissait pour conserver une part substantielle. Prix jamais dévoilé – vraisemblablement quelques centaines de millions d’euros : la cible comptait 250 salariés et venait d’inaugurer une usine de 20 millions d’euros à Berlin. Six ans plus tard, le multiple ferait pâlir la plupart des LBO européens.
- Pourquoi c’est important. Née en 2001 d’un MBO de la division mémoire de Siemens, Swissbit a fait en 2008 un choix contre-intuitif : quitter la grande consommation, où l’Asie écrase les prix, pour la seule mémoire industrielle – cartes SD, SSD et modules e. MMC destinés à l’automatisation, aux télécoms, à l’automobile, au médical ou à la défense, conçus pour durer et encaisser les températures extrêmes. Elle y a greffé en 2013 une branche sécurité et avalé fin 2020 Hyperstone, concepteur allemand de contrôleurs flash. Seul indépendant européen du secteur, avec son unique usine de Berlin-Marzahn, le groupe revendique 5 000 clients, 500 salariés et, depuis janvier, un nouveau patron, Stefan Hofschen. Les comptes consolidés restent secrets. Tout ce que l’on sait, c’est qu’après un trou d’air en 2024, le groupe bénéficie, depuis l’an passé, de la ruée des hyperscalers sur les puces pour l’IA. Les prix de la mémoire flash ont bondi de 70 à 75 % depuis le début de l’année.
- Entre les lignes. Cette cession s’inscrit dans une liquidation méthodique. Depuis avril dernier, Ardian a cédé Trigo à Montyon Capital, ses 38 % de Kallista Energy, Prosol (Grand Frais) à Apollo au troisième essai, et GBA Group à Bridgepoint pour plus d’un milliard d’euros – quand 1,5 milliard était espéré. La maison de Dominique Senequier a repoussé la levée de son fonds Buyout VIII, remanié son équipe et titrisé pour un milliard de dollars de parts de fonds secondaires. Objectif : rendre du cash à ses souscripteurs dans un environnement très difficile.