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Business / Capital-Investissement / 07/09/2026

Après Colisée, Cerba : la malédiction française du fonds EQT des Wallenberg

Étranglé par près de 5 milliards d’euros de dette, le numéro un français des laboratoires d’analyses se place sous conciliation. Un défaut qui ouvre le grand règlement de comptes des LBO.

Façade d'un laboratoire du réseau Cerballiance (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut savoir. Cerba HealthCare aurait déposé une requête en conciliation devant le tribunal des activités économiques de Nanterre. Objectif affiché : offrir un "cadre approprié" aux discussions avec ses créanciers. Traduction : le groupe fondé en 1967, connu du grand public sous l’enseigne Cerballiance, 30 millions de patients par an, ne peut plus rembourser sa dette ou en payer les intérêts.

    Les chiffres sont sans appel : un endettement net supérieur à 4,9 milliards d’euros, soit neuf fois l’Ebitda des douze mois clos fin juin. Une trésorerie de seulement 108 millions. Surtout le 1er juin dernier, Cerba n’a pas honoré le coupon de sa souche non sécurisée de 525 millions à échéance 2029. Le problème de ce groupe n’est pas opérationnel, il est structurel. Entre 2020 et 2022, Cerba a englouti plus de 3 milliards d’euros en acquisitions au sommet de la bulle Covid. Puis sont venues les baisses tarifaires imposées par l’assurance maladie en France, en Italie, en Belgique et au Luxembourg. Trois directeurs généraux en trois ans n’y ont rien changé.
  • Pourquoi c’est important pour l’écosystème du private equity. Cerba n’est pas un accident isolé. En revanche c’est un indicateur. La France est passée au deuxième rang des marchés européens les plus fragilisés selon l’indice Weil, avec un taux de défaillances au plus haut depuis 1991. Le pays a produit 4 675 LBO depuis 2015, contre 2 786 en Allemagne, et quinze à vingt sociétés françaises sous contrôle de fonds font aujourd’hui l’objet d’une surveillance rapprochée. Emeria, adossé à Partners Group, et Ingenico, propriété d’Apollo, reviennent le plus souvent dans les conversations font face à des prêts jugés à risque.
  • Qui paiera ? D’abord les CLO, ces véhicules qui ont absorbé l’essentiel des term loans syndiqués par Goldman Sachs, UBS, Deutsche Bank, Natixis, JP Morgan, BNP Paribas et Mizuho. Ensuite les porteurs obligataires : la souche sécurisée 2028 de Cerba se traite autour de 72 centimes, la non sécurisée autour de 20 centimes…
  • Entre les lignes. Pour EQT, le fonds de private equity créé par la famille Wallenberg, actionnaire à 56 % aux côtés du canadien PSP (28 %), l’humiliation a un précédent. En mars 2026, Colisée bouclait une restructuration de 1,2 milliard d’euros par sauvegarde accélérée, ramenant la dette de 1,8 à 1,2 milliard moyennant 285 millions d’argent frais - au terme de laquelle Blackstone et KKR ont converti 680 millions de dette senior en actions et pris 100 % du capital, EQT perdant l’intégralité de sa mise. Chez Cerba, le scénario se répète : les actionnaires auraient offert, sans succès, 300 millions contre 25 % d’abandon sur la dette sécurisée. Le reste du portefeuille français n’inspire pas davantage confiance. Verkor, où EQT Ventures est entré dès 2021, incarne le naufrage annoncé des gigafactories européennes : 3 milliards levés, 700 millions de subventions directes, 880 millions de prêts et garanties publics — et un Renault, actionnaire à 20 %, qui ne passera pas les commandes promises. Le patron a été changé au 1er septembre.
    La devise de la prestigieuse dynastie Wallenberg est "esse, non videri". Ce qui signifie "être, sans paraître". À Nanterre, EQT va découvrir l’exercice inverse : paraître encore actionnaire, sans l’être vraiment.
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