Pourquoi Renault se trouve sous le feu des vendeurs à découvert
Près de 7 % du capital de Renault est vendu à découvert, trois fois plus qu’il y a un an. Marshall Wace, Citadel ou D.E. Shaw parient contre un titre qui se paie moins de cinq fois ses bénéfices.
- Ce qu’il faut retenir. Au 25 août, sept fonds déclaraient à l’AMF une position courte nette d’au moins 0,5 % du capital de Renault, soit au total 6,84 % des titres. Ces 20 millions d’actions, pèsent plus de 550 millions d’euros et, représentent 11 % des titres réellement disponibles. Un an plus tôt, ce ratio plafonnait à 2,2 % ; il a franchi 4 % en février, puis frôlé 8 % fin juillet. Marshall Wace, le géant londonien, mène la charge avec 2,01 %. Citadel cumule 2,13 % via deux entités, Kintbury Capital 0,84 %, D.E. Shaw 0,60 %. BlackRock, dont les fonds indiciels sont pourtant actionnaires du Losange, pèse lui-même 1,26 %. Et il ne s’agit pas là de la couverture d’un aventureux pari haussier sur Stellantis. Puisqu’au 25 août, Stellantis affichait lui aussi 6,07 % de capital à découvert, contre 0,5 % un an plus tôt, avec les mêmes signatures : Marshall Wace (1,33 %), Kintbury (0,80 %), Citadel (0,60 %). Il s’agit donc d’un pari contre l’automobile européenne face à l’offensive chinoise, porté par des maisons spécialisées dans la gestion quantitative.
- Pourquoi c’est important. Renault a livré fin juillet des comptes semestriels supérieurs aux attentes avec un Ebit de 7 % au-dessus du consensus, une marge opérationnelle de 5,2 % contre 5 % espérés, un free cash-flow de 653 millions d’euros contre 220 attendus. Les objectifs 2026 - marge d’environ 5,5 %, FCF proche d’un milliard - sont confirmés, et 20 points de base suffisent au second semestre, contre 50 habituellement. Les analystes d’Oddo BHF y voient un groupe désormais capable de tenir ses marges et son cash "sans dépendre excessivement de la croissance des volumes". Le consensus FactSet reste à "renforcer", avec une cible moyenne de 38 euros. C’est-à-dire 40 % au-dessus du cours de Bourse.
Mais la fronde grossit : Barclays est passé à "neutre" le 21 août, jugeant "très importante" l’ampleur des économies à mener, tout en lui préférant Volkswagen, dont le patron juge pourtant la situation "plus que critique". UBS recommande de "vendre" et a ramené sa cible à 26 euros le 24 août, redoutant une marge sous les 4 % dès 2027. À moins de cinq fois les bénéfices et 8 % de rendement, Renault exécute bien, résume Citi, "mais personne ne regarde". - Entre les lignes. Antonio Filosa a pris les commandes de Stellantis le 23 juin 2025 ; François Provost celles de Renault cinq semaines plus tard, après le départ de Luca de Meo pour Kering. Chacun a dévoilé sa feuille de route à quelques semaines d’écart. Le verdict boursier est sans appel : sur un an, Renault ne cède que 17 %, alors que Stellantis s’effondre de 46 %. Les vendeurs à découvert n’en ont cure : ils "shortent" le bon élève au même tarif que le cancre.