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Business / Industrie / 07/09/2026

Elliott, le prétexte rêvé de François Jackow, pour réveiller Air Liquide

Ni confirmée ni démentie, l’entrée d’Elliott au capital d’Air Liquide pourrait être le meilleur allié de François Jackow : elle lui donne le prétexte d’un plan d’économies et d’un rachat d’actions.

François Jackow, le directeur général d'Air Liquide, lors d'une présentation à Paris, en mai 2022 (photo Eric Piermont/AFP).
  • Ce qu’il faut savoir. Le Financial Times a lâché l’information lundi dernier, après la clôture. Reuters l’a confirmée le lendemain, sources à l’appui : Elliott aurait constitué une ligne au capital d’Air Liquide et dialoguerait avec la direction depuis des mois. Le fonds refuse de commenter. Le groupe ne répond pas. Aucun franchissement de seuil n’a été déclaré à l’AMF ou au sein du groupe dont les statuts obligent à faire une déclaration à partir de 2 %. Selon nos informations Air Liquide a commencé à travailler avec JP Morgan dans la défense anti-activiste. On ne s’arme pas contre une rumeur. Plusieurs banquiers parisiens y reconnaissent d’ailleurs la signature du fonds de Paul Singer, qui gère 80 milliards de dollars : des mois de discussions discrètes, puis une fuite calibrée au moment précis où elle pèse le plus. Car Air Liquide doit dévoiler le 5 octobre son nouveau plan stratégique. Un message qui s’adressera moins à la direction qu’aux autres actionnaires.
  • Pourquoi cette incursion au capital d’Air Liquide est importante. Parce qu’elle pourrait bien être le plus beau cadeau fait au directeur général. L’écart avec Linde est devenu indéfendable : 21 % de marge opérationnelle contre 30 %, une rentabilité des capitaux de 10 % contre 23,5 %. JP Morgan pointe la cause première, un chiffre d’affaires par salarié très inférieur.

    Or Air Liquide est une maison d’ingénieurs. On y vénère le carnet de commandes, record à 6 milliards, les décisions d’investissement, 2,9 milliards au premier semestre, l’hydrogène. Les 299 millions d’efficacités engrangées en six mois sont un plus-haut historique, mais relèvent de l’optimisation continue, pas de la restructuration. Annoncer un plan de réduction de coûts bien plus significatif – portant par exemple sur les frais de siège, les fonctions support et la simplification de l’organisation - aurait été reçu en interne comme un désaveu de la culture maison. Sous la pression d’un activiste, la même annonce devient un acte de défense. Elliott pourrait bien offrir à François Jackow l’aide qui lui manquait.
  • Entre les lignes. À tout cela s’ajoute la question d’un important plan de rachats d’actions qui pourrait être dévoilé le 5 octobre. Air Liquide n’a jamais lancé de programme de rachat d’envergure : seulement 167 millions d’euros exécutés en février-mars, quand Linde en rachetait pour 4,6 milliards de dollars en 2025. Le groupe ne manque pas d’argent pour cela. Selon Oddo BHF, la dette nette ne sera plus que de 7 milliards d’euros en 2028, soit 0,7 fois l’Ebitda. En stabilisant simplement le levier à 1,5 fois, huit à neuf milliards seraient mobilisables d’ici trois ans. Ce qui permettrait de racheter près de 8 % des titres en circulation.

    Une mesure qui serait saluée par les actionnaires. Air Liquide se paie 14 fois l’Ebitda 2026 contre 18 fois pour Linde. Cette décote sanctionne l’allocation du capital. Bernstein l’a écrit : un rachat d’actions massif serait un bon catalyseur. François Jackow a cinq semaines pour choisir : subir Elliott, ou s’en servir.
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