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Business / Transport / 22/06/2026

easyJet convoité par Castlelake avec MSC et Air France en embuscade

Le fonds américain a jusqu’au 26 juin pour se déclarer sur la compagnie low-cost britannique. Mais il lui faut un allié ancré en Europe. MSC ou Air France-KLM. La bataille des partenaires est ouverte.

Deux Airbus de la flotte easyJet (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut savoir. Le compte à rebours est lancé. En vertu du "Takeover Code" britannique, le fonds d’investissement américain Castlelake a jusqu’au 26 juin pour déposer une offre ferme sur easyJet ou bien se retirer. Fin mai, le gestionnaire d’actifs basé à Minneapolis annonçait étudier une approche "à un stade précoce" avant de dévoiler détenir déjà 2,14 % du capital, soit 16,2 millions d’actions. Castelake a aussi indiqué qu’une offre éventuelle ne pourrait être inférieure à une valorisation d’environ 3,06 milliards de livres ; ce qui fait ressortir une prime très médiocre de 1,3 % seulement sur le cours de clôture du 29 mai. Le marché, lui, ne s’y trompe pas. L’action easyJet a bondi d’environ 15 % depuis l’annonce, signe que les investisseurs parient sur une surenchère. Avec une trésorerie nette positive, une notation "investment grade", une flotte d’Airbus A320/A321neo largement non gagée et des créneaux dans les aéroports saturés, EasyJet constitue une cible dont la "somme des parties" dépasse de loin sa capitalisation boursière. La société a d’ailleurs qualifié l’approche du fonds Castlelake d’"hautement opportuniste".
  • Pourquoi c’est important. Depuis le Brexit, une compagnie aérienne européenne doit demeurer sous contrôle majoritaire d’intérêts de l’Union : un fonds américain ne peut donc s’emparer seul d’easyJet. Il lui faut un partenaire ancré dans l’Union Européenne. Deux noms émergent. D’abord MSC. Le géant maritime helvético-italien détenu par la famille Aponte aurait été sollicité pour rejoindre le consortium. Il offre le sésame européen recherché. Mais un rival inattendu s’est invité au dossier. Il s’agit d’Air France-KLM. Son directeur général Ben Smith a indiqué qu’il prendrait un appel de Castlelake si le fonds le sollicitait, qualifiant le portefeuille de créneaux d’easyJet de "très impressionnant". Atout non négligeable, le groupe franco-néerlandais a déjà fait équipe avec Castlelake lors du rachat du scandinave SAS. Air France assure toutefois n’être impliquée dans aucune offre "pour le moment".
  • Entre les lignes. Les motivations des acteurs divergent radicalement. Pour MSC, easyJet serait le chaînon manquant d’un empire du loisir : premier armateur mondial de porte-conteneurs, leader de la croisière, détenteur de 49 % de l’entreprise ferroviaire Italo, le groupe rêve d’acheminer le client du rail au port, puis du cockpit au paquebot. Pour Air France-KLM, la logique est purement aérienne : verrouiller des créneaux rares dans les aéroports européens saturés et neutraliser un concurrent low-cost. Le pari reste risqué. easyJet a creusé sa perte avant impôt à 552 millions de livres au premier semestre de cette année, plombée par la hausse des prix du carburant et un tassement de la demande. Mais sa flotte en renouvellement - 80 Airbus neufs attendus d’ici 2028 - et sa solidité bilancielle en font un actif stratégique.
  • En coulisses. Il est piquant de voir MSC, candidat potentiel au rachat d’une flotte d’Airbus flambant neufs, se souvenir de ses origines. En 1970, Gianluigi Aponte, modeste capitaine napolitain, empruntait juste de quoi acheter un unique cargo d’occasion baptisé Patricia. De ce premier navire ferraillant entre la Méditerranée et la Somalie naîtra le premier armateur de la planète, resté à ce jour entièrement contrôlé par la famille, sans le moindre actionnaire extérieur. La discrétion légendaire du clan Aponte tranche d’ailleurs avec le tapage d’une OPA londonienne. Reste à savoir qui, le 26 juin venu, hissera les couleurs d’easyJet.
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