Rothschild & Co s’offre une banque - et une licence - en Allemagne
Rothschild & Co rachète la banque privée hambourgeoise Marcard, Stein & Co. Une opération de gestion de fortune qui lui offre, surtout, le précieux sésame : une licence bancaire allemande.
- Ce qu’il faut retenir. C’est une emplette discrète mais lourde de sens. Rothschild & Co a signé, il y a quelques jours, l’acquisition de 100 % du capital de Marcard, Stein & Co, maison hambourgeoise nichée dans le giron de M.M. Warburg & Co. Derrière ce nom patiné par le temps se cache l’un des principaux multi-family offices d’outre-Rhin : une banque privée de longue tradition, qui conseille fortunes familiales et entrepreneurs et dispose de 7 milliards d’euros d’actifs gérés. Pour le groupe présidé par Alexandre de Rothschild et dirigé par François Pérol, l’Allemagne n’a rien d’un marché accessoire : c’est un terrain stratégique où la maison entend muscler son activité de gestion de fortune. Pour Warburg, qui se recentre sur son cœur bancaire et veut réduire la complexité de son périmètre, la cession tombe à point. L’opération demeure suspendue au feu vert des régulateurs.
- Pourquoi c’est important. Au-delà du carnet de clients, l’enjeu est ailleurs - et il est de taille. En absorbant Marcard, Stein & Co, Rothschild & Co hérite d’une licence bancaire allemande. Voilà le sceau qui change tout. Jusqu’ici cantonné à un modèle plus étroit, le groupe se dote d’un socle réglementaire pour bâtir, outre-Rhin, une véritable plateforme bancaire pleinement intégrée. Traduction concrète : la possibilité d’élargir l’éventail des services, de la simple gestion d’actifs à une offre complète (dépôts et crédits), et de s’installer durablement comme acteur de référence sur le marché allemand de la gestion de fortune. Dans un secteur où l’agrément se gagne au prix fort - des mois de procédures, des exigences de fonds propres, des contrôles tatillons… -, racheter une banque déjà dotée de son passeport bancaire revient à s’épargner un long chemin de croix administratif.
- En coulisses. Selon nos informations, il y a trois ou quatre ans, lorsque Warburg & Co traversait une passe délicate, c’est la maison allemande qui était venue frapper à la porte de Rothschild & Co pour solliciter conseil et soutien. À l’époque, le secours d’une grande signature de la finance européenne n’avait rien d’anodin. Les deux établissements ne s’étaient jamais perdus de vue depuis ; ils ont au contraire entretenu, année après année, un fil de discussions discret mais constant. De ces échanges est née une confiance réciproque qui a permis cette transaction. Les dirigeants de Marcard, Stein & Co, restent en place. Comme quoi, en banque privée, on ne prête jamais sans espérer, un jour, récolter. Reste à convaincre les régulateurs ; mais le plus dur, est fait.