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Business / Capital-investissement / 05/10/2026

Même l’eau minérale se finance désormais au prix du risque

Pour placer les 2,87 milliards d’euros du rachat de la moitié de Nestlé Waters par Platinum Equity, les banques ont dû relever la marge, creuser la décote et concéder une clause de temps de crise.

San Pellegrino, l'une des marques de Peranel, le nouveau nom des eaux de Nestlé (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut savoir. Le 8 septembre dernier, Bank of America et Deutsche Bank, chefs de file de treize banques dont BNP Paribas, ont lancé 2,8 milliards d’euros de prêts à sept ans pour financer l’entrée de Platinum Equity à hauteur de 50 % dans Peranel, le nouveau nom des eaux de Nestlé (Perrier, San Pellegrino, Vittel), valorisé 4,9 milliards d’euros. Les deux banques proposaient alors une marge de 325 à 350 points de base au-dessus de l’Euribor, de 300 à 325 pour la tranche en dollars, et une décote symbolique de 0,5 %. Un mois plus tard, la demande manque, surtout côté américain. Si bien que le 25 septembre, les banques ont décidé de porter la marge à 400 points de base sur les deux tranches, ramenant le prix à 97 % du nominal et ont ajouté selon Bloomberg, un "omniblocker". Le surcoût atteint 18 à 25 millions d’euros d’intérêts par an. L’emprunt a même été porté à 2,87 milliards pour financer la décote consentie aux prêteurs.
  • Qu’est-ce qu’un omniblocker ? Cette clause interdit à l’emprunteur d’avantager un groupe de créanciers au détriment des autres. Il vise les montages par lesquels, depuis J.Crew et Serta, des sociétés sous LBO en difficulté sortent des actifs du gage ou font passer une dette nouvelle devant l’ancienne. Ce mécanisme est encore assez rare (4 % des émissions de 2025) et il est généralement utilisé après une restructuration. Thoma Bravo vient de l’accorder pour Sophos, éditeur de cybersécurité bousculé par l’IA. Peranel, noté B +, va donc supporter la même décote que celle dont souffre Sophos, noté deux crans plus bas.
  • Pourquoi cela se passe ainsi ? Plusieurs raisons fragilisent ce dossier. L’Ebitda de 580 millions d’euros affiché par Peranel dans son business plan intègre 76 millions d’économies à venir, sans lesquelles le levier affiché de 4,7 fois passe à 5,4. Trois marques pèsent 60 % environ de l’Ebitda, et le closing n’est attendu qu’en 2027. La cour d’appel de Nancy a ordonné le 17 septembre un nouveau procès sur les décharges des Vosges, même si Nestlé garantit les litiges passés. S’y ajoute la réputation de Platinum, vu comme l’un des sponsors les plus agressifs. Son biscuitier français, Biscuit International, a dû proroger ses emprunts en juin dernier, au prix d’un passage en défaut sélectif.
  • Pourquoi c’est important. Peranel ouvrait une file d’attente de plus de 138 milliards de dollars de dette LBO à placer dans les prochains mois, selon JPMorgan, au plus haut depuis 2007 aux États-Unis et depuis 2021 en Europe. Suivent InPost (Advent et FedEx), Intertek (EQT) et Everllence (Bain). Le moindre doute se paie désormais comptant, et les motifs de douter s’accumulent avec la hausse des taux, la guerre en Iran, les fonds de crédit privé qui plafonnent les retraits et un encours en défaut à 5,7 milliards d’euros en Europe, au plus haut depuis douze ans.
  • La morale de l’histoire. Pour les fonds, une dette plus chère signifie un rendement déprécié. Les vendeurs risquent de voir les enchères se vider. Quand il faut un omniblocker pour prêter à Perrier, c’est que la confiance ne coule plus de source.
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